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L'essaimage sous surveillance

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L'essaimage sous surveillance

Message par Admin le Sam 13 Aoû - 20:19

L'essaimage sous surveillance
Par
Bruno CARTEL


avec
l'aimable autorisation de la revue





Si
l'apiculteur pouvait changer l'un des comportements de nos abeilles
domestiques, il choisirait probablement celui de l'essaimage.
Bien sûr, ce mode de multiplication par division naturelle présente un
avantage pour l'environnement : les abeilles se répandent ici et là et
colonisent le territoire. Mais sur ce point, dans notre monde moderne
fait d'échanges et de commerce, les apiculteurs s'en occupent eux-mêmes.
L'objectif est donc déjà atteint et l'essaimage devient alors inutile à
leurs yeux, voire pénalisant. Aussi, se lamentent-ils de voir leurs
ruches essaimer avec, comme conséquence fatale, une baisse de production
en miel. Mais puisque la nature a voulu que nos abeilles se multiplient
ainsi et que nous n'y pouvons pas grand chose. Acceptons ce fait et
comprenons le bien pour mieux
l'anticiper. Ensemble, voyons comment cela se traduit dans la ruche
essaimeuse. Quel est son devenir et enfin, suivons l'essaim, colonie
future.


FACTEURS FAVORISANT L'ESSAIMAGE
Ils sont certainement plus nombreux que ceux que nous citerons avec
certaines interactions que nous connaissons et d'autres que nous
ignorons.
Dans une ruche qui se prépare à essaimer, nous observons ou constatons :


Que ce sont les reines âgées qui
essaiment le plus souvent. Peut-être, la cause réside-t-elle dans la
diminution de la quantité émise de ''substances royales'' inhibitrices
de cellules royales ? A contrario, j'ai observé l'essaimage d'une reine
de moins d'un an. Enruché, son essaim a conservé sa reine encore au
moins 2 ans sans renouveler son
expérience d'essaimage. Quel lecteur pourrait nous renseigner ?
Une surpopulation d'abeilles
engendrant la congestion de la colonie, les ouvrières ''messagères'' ne
transportent plus ou difficilement ''les substances royales''.
Une barbe sur le devant d'une ruche annonce bien souvent l'essaimage.
Une "classe" de jeunes ouvrières
dont les nourrices plus importantes qu'à l'habitude, cela n'est pas
surprenant : l'essaim qui part construire sa vie ailleurs a besoin de
jeunes abeilles, au meilleur potentiel de longévité pour assurer un
élevage futur dont les naissances n'interviendront pas avant 21 jours.
Une restriction de la surface
destinée à l'élevage de couvain dont la cause peut être soit une ponte
prolifique, soit des rentrées de nectar importantes, soit la conjugaison
des deux. Le mois de Mai correspond bien à une période de floraison
abondante.
Le facteur génétique : certaines de nos 4 races d'abeilles européennes ont tendance à essaimer plus ou moins.
LA SOUCHE : LES PRÉPARATIFS DE L'ESSAIMAGE

Dès que la colonie a pris la décision d'essaimer, nous pouvons
constater, dans la ruche et sur la planche de vol, un certain nombre de
signes, annonciateurs de l'événement.







Dans la ruche


la construction de cellules
royales, sorte de doigts de gant, dans lesquelles la reine pond des œufs
fécondés, tout à fait standards. Seul le nourrissement exclusif à la
gelée royale fera que les larves issues de ces œufs deviendront reines.
Par contre, tout élevage royal ne signifie pas essaimage, notamment
quand les cellules royales sont issues des cellules d'ouvrières
agrandies. Il se peut qu'à la suite d'un élevage royal, la vieille reine
au faible pouvoir d'inhibition soit éliminée et remplacée sans qu'il y
ait essaimage : c'est ce qu'on appelle la ''supersédure'' qui s'observe
aussi bien pendant la période d'essaimage que plus tard.
Il est possible que les grandes
colonies soient susceptibles de choisir ce mode de remplacement de leur
reine, âgée et défectueuse.
Il arrive également que la jeune
reine fécondée, tolère sa mère pendant quelques temps encore, pourquoi ?
La cohabitation n'est pas de règle dans le monde des abeilles.
Une réduction d'activité alors que la colonie est débordante d'ouvrières.
Une réduction de ponte même issue d'une reine prolifique.
Sur la planche de vol

un rassemblement d'ouvrière immobiles, soit sous la planche de vol, soit sur la face avant de la ruche : elles
forment comme une barbe qui peut disparaître le soir pour se
reconstituer le lendemain. Toutefois, ce signal bien visible peut
indiquer encore que la ruche a besoin d'être agrandie, sans que le
processus d'essaimage soit engagé. Dans ce cas, la pose d'une hausse
supprime l'alerte.
Une réduction d'activité alors que la colonie était très active les jours précédents.
LA SOUCHE : L'ESSAIMAGE

Le premier essaim sortant est appelé
primaire.



Il emmène avec lui la vieille reine. La souche devient
temporairement orpheline, mais les naissances de jeunes reines ne vont
pas tarder. Généralement, la première née s'empresse de tuer ses sœurs
et devient reine à son tour. Il lui faudra attendre encore 5 à 6 jours
pour qu'elle atteigne sa maturité sexuelle et pratique son vol nuptial.
Un bon accouplement nécessite des conditions climatiques convenables :
température supérieure à 20°, beau temps, éventuellement une légère
couverture nuageuse, un vent n'excédant pas 30 km/h, et, plus souvent,
une plage horaire entre 14 et 16 heures.

Si ces conditions ne sont pas réunies, l'essaimage est repoussé et
devient de plus en plus problématique, voire impossible, passé le délai
de 4 semaines. Dès que les conditions le permettent, la jeune reine
vierge sort et se dirige instinctivement vers ''un bal d'abeilles'' qui
n'est rien d'autre qu'un rassemblement de mâles sexuellement mûrs, âgés
d'au moins 12 jours.

L'origine de ces rassemblements, leur renouvellement d'année en année,
le fait que les mâles en connaissent l'existence, pose encore de
nombreuses interrogations, mais le fait est que ces bals existent et que
certains ont même été cartographiés.

Il ne faudra pas moins de 7 à 15 accouplements successifs pour permettre
une fécondation réussie : les 5 à 6 millions de spermatozoïdes
engrangés dans la spermathèque couvriront alors largement les besoins
puisqu'une reine ne pondra qu'entre 1 et 2 millions d'œufs fécondés dans
son existence.

On notera que ce mélange de semences masculines présente l'avantage
d'éviter la consanguinité. Mais si d'aventure un mâle issu de la même
lignée que la reine faisait partie du lot, après l'éclosion des œufs,
les larves consanguines seraient reconnues et évacuées par les
nourrices.

De retour à la ruche, la jeune reine fécondée se mettra bientôt à pondre
et assurera ainsi la pérennité de la colonie souche.
Mais il se peut que les choses ne se passent pas ainsi. La première
reine née peut ne pas tuer, ou ne tuer qu'une partie de ses sœurs. Dans
ce cas, l'essaimage se poursuit : un 2e essaim, appelé secondaire, sort
avec au moins une reine vierge. Un 3e essaim, appelé tertiaire, peut
également sortir, emmenant avec lui aussi au moins une reine vierge.

Les essaims de plus en plus petits, de plus en plus fragiles, souvent
volages, auront une destinée identique à celle de l'essaim primaire.
Cependant, ils grèvent dangereusement les forces vives de la souche qui
s'appauvrit d'ouvrières indispensables à l'entretien du couvain.






L'ESSAIM

Un peu avant la naissance des jeunes reines, et par une journée douce,
l'essaim sort de la ruche avec frénésie. Dans le ciel, les abeilles
paraissent comme folles, volent dans tous les sens, mais on peut
distinguer la direction générale qu'elles prennent. Qui dirige cet
ensemble apparemment désorganisé ? La reine qui émet quelques phéromones
ou les ouvrières qui libèrent les odeurs de leur glande de Nasanoff ?






Celles-ci jouent certainement un rôle considérable car dès qu'une partie
de l'essaim se pose, le regroupement général ne tarde pas, que la
reine soit présente ou non dans l'essaim. En cas d'absence de celle-ci,
après un court temps de repos et de calme, l'essaim se désagrège et
retourne à la ruche-souche. Mais, dans la majorité des cas, la reine est
présente, noyée dans la masse constituée, où certaines phéromones
favorisent sa cohésion. Seules, quelques ouvrières, les exploratrices ou
les éclaireuses, se détachent de l'essaim à la recherche d'un logis.
Si dans les régions privilégiées par le climat, les essaims échappés
peuvent théoriquement subsister, en dehors du problème de la varroase,
dans les régions aux hivers rigoureux, la survie d'un essaim semble
quasi impossible. Nos protégées l'ignorent, malgré leur degré de leur
évolution.

Mais revenons à notre essaim en attente d'un logement que ne lui offre
pas l'apiculteur. A force de recherches, les exploratrices ''proposent''
quelques emplacements. On imagine une sorte de concertation, suivie
d'une décision, et dans ce cas, l'essaim quitte son support pour
investir l'abri choisi. Alors, les cirières bâtissent les rayons, les
butineuses rentrent et stockent les premières provisions, nectar et
pollen, et la reine ancienne fécondée ou la jeune récemment fécondée
peut déposer ses premiers œufs, et la vie continue …

RECUPERER UN ESSAIM

Ce n'est pas lorsque l'essaim est pondu qu'il faut, à la hâte, préparer
de quoi le ramasser. C'est le matériel qui doit attendre l'essaim et non
pas le contraire. De quoi aurons-nous besoin ? d'une ruchette (légère)
de 6 à 7 cadres, dont l'un déjà construit possède si possible un
reliquat de miel. Ensuite, et pour faire face aux diverses situations
possibles, il est bon d'avoir dans sa caisse, hormis le matériel
classique de l'apiculteur, un vieux drap, un cueille-essaim, un
récipient d'un ou deux litres, une scie légère, un sécateur, de la
ficelle, un crochet, une pince à reine …, la liste n'est pas exhaustive.



Comment procéder ? chaque essaim à ramasser est un cas particulier. Nous
nous bornerons donc à indiquer quelques règles générales.
La ruchette est posée, sur le drap étendu, sous l'essaim ou au plus
près. Le drap facilite le regroupement des abeilles notamment si le sol
est recouvert d'herbe. L'objectif consiste alors à faire rentrer
l'essaim soit par le trou de vol, soit par le dessus de la ruchette
préalablement découverte. Le choix se fait sur place, en fonction de la
situation et l'on doit se poser les questions suivantes :


Le support sur lequel l'essaim
s'est posé, peut-il être déplacé avec l'essaim ? (ex : branche coupée et
transportée avec l'essaim accroché).
L'essaim peut-il être secoué sur ou devant la ruchette ? (ex : branche en support intransportable).
Si l'une ou l'autre de ces
situations n'est pas envisageable, l'essaim peut-il être cueilli ''à la
louche'' ? (rôle du récipient ou du cueille-essaim).
Les situations sont tellement diverses que l'enruchage d'un essaim
peut durer de 5 minutes à 5 heures mais la persévérance finit par
payer. Généralement les essaims sont plus calmes le soir et acceptent
plus volontiers de rentrer et de rester dans la ruchette qu'on leur
présente. Au contraire, pendant les heures chaudes de la journée, ils se
rebellent parfois et ressortent plus vite qu'ils ne sont rentrés !



Une fois enruchée, la ruchette est fermée et mise en place, soit au
rucher, mais alors protégée du soleil, soit mise au frais en attendant
son installation définitive. Ce n'est qu'à ce moment, le soir ou le
matin de bonne heure, que le trou de vol est ouvert.
Il se peut que l'essaim découvre une ruche vide, avec ses cadres, c'est
encore mieux, et l'apiculteur n'a plus qu'à lui donner un peu de sirop
en guise de bienvenue.






Les jours suivants, nous devons, par sécurité, pratiquer un contrôle
anti-varroase, avant l'operculation du jeune couvain, avec la méthode
évaporation-contact et un acaricide (les varroas ne parasitent alors que
les ouvrières).

La ponte démarre rapidement, 3 ou 4 jours après l'enruchage pour les
reines déjà fécondées. Pour une reine vierge issue d'un essaim
secondaire ou tertiaire, la ponte ne débutera pas avant 8 à 10 jours. Le
temps que la reine atteigne sa maturité sexuelle et que sa fécondation
ait lieu … et, comme pour l'essaim qui s'est échappé et qui s'est
installé dans la nature, la vie continue.

ESSAIMAGE ARTIFICIEL

L'apiculteur qui désire développer son cheptel compte parfois sur
l'essaimage naturel. Il ferait mieux de pratiquer cette méthode
d'essaimage artificiel, parmi tant d'autres, qui consiste à diviser une
colonie prête à essaimer. L'avantage réside dans le fait que la colonie
n'essaimera pas, et que les essaims artificiels qui en sont issus
posséderont une reine de l'année.
Avec une ruche de 10 cadres, il est possible de faire 2 nuclei de 3
cadres et un 3e de 4 cadres.






Mode opératoire

Les 3 ruchettes nécessaires à l'opération, préalablement nettoyées et
munie d'une partition, sont disposées en éventail, à l'arrière de la
ruche, selon le schéma ci-après.
En premier lieu, celle-ci est orpheline et sa vieille reine est, soit
supprimée, soit utilisée pour un remérage temporaire. Ensuite, on
distribue équitablement les cadres de nourriture, les cadres de couvain
avec cellules royales, et les abeilles dans chacune des 3 ruchettes.
Les cadres avec cellules royales demandent à être manipulées avec
''mains de sage-femme'' : les reines en formation sont fragiles.
A noter que l'orphelinage peut être exécuté pendant l'opération. La
partition permet de rétrécir le volume de chaque ruchette qui recevra un
litre de sirop. Ensuite, la ruche vide est enlevée et vidée du reste de
ses occupantes.

On veille maintenant à ce que le flot des butineuses se répartisse de
façon égale en déplaçant plus ou moins latéralement les 2 ruchettes
d'extrémité. Généralement, celle qui est placée au centre s'enrichit
plus vite, étant dans l'axe originel du vol. on peut soit la reculer,
soit effectuer un échange d'emplacement avec l'une des 2 autres
ruchettes, celle qui paraît la plus pauvre en butineuses.

Après quelques heures, on arrive à l'équilibre. Au bout de quelques
jours, les jeunes reines nées en ruchette effectuent leur vol de
fécondation et ces 3 colonies commencent leur développement qu'il faudra
surveiller, organiser, en ajoutant un cadre bâti ou non, au fur et à
mesure des besoins et qui sera placé contre la partition préalablement
décalée d'un cran.

Un nourrissement régulier doit permettre à ces colonies d'occuper
entièrement les ruchettes avant l'automne, car elles doivent être prêtes
à hiverner dans de bonnes conditions. Elles deviendront des colonies de
production l'année suivante.
L'essaimage artificiel présente dans ce cas des avantages et des
inconvénients. Ils sont résumés dans le tableau ci-dessus.

Comme nous l'évoquions au début de cette page des jeunes, l'essaimage
naturel est à combattre en mars et avril, périodes de fort
développement, par une meilleure conduite des colonies. En ce beau mois
de mai, il devient difficile de couper la ''fièvre d'essaimage'' là où
elle s'est installée. Par conséquent, il ne reste qu'à surveiller
quotidiennement le rucher, éventuellement à pratiquer un essaimage
artificiel et à ramasser les essaims pendus parfois dans des endroits
impossibles à atteindre. Je m'y consacre aussi, avec un plaisir toujours
renouvelé, même si j'ai choisi de combattre ce comportement de nos
abeilles qui de toutes façons n'en font qu'à leur tête !



Bruno CARTEL

(Crédit photos : Duvaut, Drezen, V. Chong Wing, Mayer, Calcagno, Suchaud, Samarut)



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