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Partage ou la question de l'essaimage

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Partage ou la question de l'essaimage

Message par Admin le Sam 13 Aoû - 20:14

Partage
ou la question de l'essaimage


Par F. ANCHLING

avec
l'aimable autorisation de la revue





PARTAGE
Essaim de Mai vaut un char de blé.
Essaim de Juin vaut un char de foin.
Essaim de Juillet ne vaut pas une miette.


Ce vieil adage, reflet du bon sens populaire, exprime avec beaucoup
d'exactitude ce qui attend l'apiculteur au cours des prochains mois.
Pour l'apiculteur, le joli mois de mai est comme pour ses amies ailées
un mois d'activité fébrile. Il faut surveiller le développement des
colonies, agrandir en temps voulu, prévenir l'essaimage, récupérer les
essaims, les
soigner, élever des reines et finalement quand même recueillir le fruit
de son labeur : procéder aux premières récoltes.

Développement des colonies et environnement

La colonie vit au rythme des saisons et des fleurs, car la nature
constitue le seul calendrier qui programme son développement . C'est son
horloge biologique. L'apiculteur, s'il veut vivre au rythme de ses
protégées et ne pas être surpris ou désemparé par le départ intempestif
d'un essaim, doit observer avec beaucoup d'attention les floraisons qui
l'entourent.
A chaque longitude, à chaque latitude, à chaque altitude correspond un
calendrier spécifique suivant lequel la nature s'épanouit.

Comme je le disais en mars, il est important que chaque apiculteur
observe soigneusement les différentes espèces qui constituent
l'environnement de son rucher. Les fleurs spécifiques à une région
apparaissent toujours avec une constante régularité d'une année à
l'autre. La succession des floraisons constitue des repères très précis
de l'évolution biologique d'une colonie. L'établissement d'un calendrier
de celles-ci reste également le guide indispensable pour qui désire
récolter un miel monofloral.

Ainsi l'apiculteur pourra établir la relation qui existe entre une
espèce mellifère bien déterminée et spécifique et le signal qui incite
la colonie à élever des faux bourdons. C'est le point de départ des
évolutions futures, dont l'essaimage.

Chaque année, notre journal publie un modèle de calendrier "du compte à
rebours du jour J " de la naissance des reines. Ce calendrier type peut
être utilement complété par l'observation de l'environnement floral de
votre secteur. Très rapidement il sera possible de déterminer avec
précision, la période biologique propice à l'essaimage et d'engager
suffisamment tôt les mesures préventives, notamment si les conditions
météorologiques sont défavorables à l'ouverture des ruches. Ce fut le
cas en ce début d'avril où le nord du pays a connu des températures
hivernales.

Autre avantage du calendrier " compte à rebours " : il permet de définir
avec une relative certitude la date à laquelle il faut introduire un
cadre de cire à alvéoles de mâles dans la ruche d'élevage des
faux-bourdons. En effet pour qu'une reine soit bien fécondée il faut un
accouplement avec de solides partenaires, forts et en pleine maturité
sexuelle. A cette fin, 41 jours avant la naissance des reines, la ruche
choisie pour l'élevage des reproducteurs recevra un ou deux cadres
garnis de cire étirée à 640 alvéoles par dm_. Ainsi nous aurons
l'assurance de voir naître des géniteurs en pleine possession de leurs
moyens.

Suivi
du rucher en mai






Toutes les ruches sont recouvertes d'un film plastique ou d'une plaque
de verre ; il est donc possible de regarder dans le cœur de la ruche
sans l'ouvrir ni refroidir la colonie et de surveiller attentivement
l'avancement de la construction des cires gaufrées.

Les hausses posées en avril se remplissent plus ou moins vite selon la
température et l'ensoleillement, d'abord au centre. Rapidement toute la
hausse est remplie de cirières.

À cette époque de l'année, nous devons surveiller régulièrement cette
magnifique croissance et la favoriser de façon à maintenir l'harmonie
biologique de la colonie. Il ne faut pas oublier qu'un rayon de couvain
donnera à l'éclosion de celui-ci suffisamment d'abeilles pour couvrir
trois rayons. Nous devons tenir compte de cette augmentation
spectaculaire de la population et anticiper l'espace nécessaire à son
logement, en procurant à ces bataillons de futures butineuses des cires
gaufrées à bâtir et des cadres pour stocker le nectar. C'est le moment
le plus favorable pour cette activité car les cirières sont au maximum
de leurs effectifs avec une température et une miellée en principe
favorables.

Il existe une relation absolue entre l'étendue du couvain, une population forte et l'harmonie qui règne dans la colonie ;
harmonie nécessaire par transformer et enrichir le nectar en miel de qualité. Les chercheurs ont calculé que lorsque de
10 à 15.000 butineuses apportent du nectar à la ruche, 25 à 30.000
jeunes abeilles sont nécessaires pour le mûrir et le transformer en
miel. Ce travail du nectar et l'évacuation de l'eau qui en résulte
nécessitent une température constante de 35° régulée par le travail des
occupantes de huit à dix cadres de couvain. L'on comprend dès lors
l'importance de ne pas intervenir intempestivement dans les ruches pour
ne pas les refroidir et de donner des cadres à bâtir à l'instant T afin
que les cirières ne soient pas
désœuvrées.

Sur la planche d'envol, les ventileuses sont particulièrement actives le
matin et le soir. Elles ventilent toute la nuit et il suffit de
s'approcher d'une colonie pour percevoir le léger bruissement produit.

La présence d'eau de condensation, au matin, sur la planche d'envol est également le signe d'une récolte abondante la veille.
L'absence de miellée, ce qui se produit souvent par vent du nord ou
d'est, est attestée par la fréquentation assidue de l'abreuvoir. En
effet la colonie a besoin d'eau pour préparer la bouillie larvaire et
assurer la climatisation de la ruche. En l'absence de l'eau
d'évaporation du nectar, elles vont à l'abreuvoir.

Lorsqu'on observe le trou de vol de nos ruches, on est fasciné par
l'activité fébrile que l'on découvre. Les abeilles apparaissent sur
l'entrée et, sans perdre de temps, partent comme des fusées vers les
sources de nectar. D'autres jaillissent de tous horizons et rentrent
précipitamment avec leur précieuse cargaison. D'autres enfin, avec des
culottes de pollens multicolores se faufilent dans la cohue.

Mais si l'activité est réduite, la planche de vol encombrée de jeunes
abeilles
désœuvrées qui se prélassent au soleil ; attention ! quelque chose est
anormal. Observons alors l'activité sur nos cadres de cire gaufrée. Si
toute activité est suspendue, la colonie est atteinte de "la fièvre
d'essaimage "






Pourquoi mes abeilles ont-elles la fièvre ?

L'essaimage est l'un des caractères les plus curieux des mœurs des
abeilles. Ces insectes extraordinaires ne cherchent pas seulement à se
multiplier dans la ruche. Ils vont fonder des colonies et essaiment au
loin. L'essaimage est une nécessité biologique et physiologique
permettant la régénération de l'espèce et sa survie.

Il est facile de constater la vitalité extraordinaire d'un essaim. Tout
se passe comme si ce changement avait régénéré le peuple et stimulé son
activité par l'accomplissement d'un processus indispensable à l'espèce.

Le début de la période d'essaimage semble coïncider avec le moment où le
couvain operculé devient plus important que le couvain ouvert. On
assiste alors à une sorte de rupture dans le développement de la
colonie.

Parmi les raisons probables qui conduisent à la fièvre d'essaimage on peut retenir:


Le manque de place pour la
population et la ponte de la reine. Malgré l'augmentation de l'espace
vital il n'est pas certain que l'on puisse maîtriser l'essaimage.
Le long confinement d'une très forte population par suite de conditions météo défavorables.
Toutefois, on constate que des ruches faibles ont essaimé, tandis que d'autres parfois très fortes ne l'ont pas fait.
Des naissances très nombreuses coïncident bien souvent avec de fortes miellées notamment pendant la floraison du colza.
L'âge de la reine : les jeunes
reines dégageant plus de substances royales maintiennent plus facilement
la cohésion de la colonie. Les abeilles ont alors tendance à remplacer
leur reine âgée par une plus jeune. Mais là encore, il arrive que des
colonies pourtant conduites par une reine d'un an essaiment également.
Certaines souches sont plus essaimeuses que d'autres.
La température: l'exposition en plein soleil et le manque d'aération peuvent être une cause favorisant l'essaimage.
Les années de sécheresse sont défavorables à l'essaimage, les années humides le favorisent.
Les miellées irrégulières stimulent
la ponte de la reine provoquant l'accroissement des colonies et
finalement la surpopulation. Des apports massifs de nectar ont pour
effet de bloquer la ponte de la reine.
Lorsque la ponte de la reine
atteint un maximum et qu'il n'y a pas assez de larves pour absorber les
immenses quantités de gelée royale produites par les nourrices, ce lait
est distribué aux abeilles les plus âgées
provoquant la fièvre d'essaimage.









Peut-on prévenir l'essaimage ?

Il est certain que pour beaucoup d'apiculteurs, l'essaimage et surtout
la perte d'un essaim représentent un échec. Il est nécessaire de
rechercher par tous les moyens à les prévenir plutôt qu'à les subir.

Prévenir l'essaimage ne veux pas dire l'interdire car c'est une nécessité biologique pour la colonie.

Certains préconisent la destruction régulière des cellules royales
construites. La visite des colonies cadre par cadre, permet bien entendu
de découvrir la présence de cellules royales ; enfin, presque toutes.
Les abeilles sont malines. Cette méthode est contraignante et doit être
renouvelée plusieurs fois à huit jours d'intervalle. Elle convient pour
quelques ruches seulement.

C'est une opération barbare qui prolonge la fièvre d'essaimage et les
perturbations qui en découlent: baisse d'activité, diminution de la
ponte, absence de récolte, stress de la colonie qui s'affole… La colonie
qui envisage de remplacer sa reine n'y renoncera pas facilement et
prendra beaucoup de risques pour y parvenir.

Une larve d'ouvrière baigne pendant trois jours dans la gelée royale,
une larve de reine pendant cinq à six jours. Les nourrices ne savent pas
compter les jours. Si dans leur affolement elles prennent une larve de
cinq jours qui n'a baigné que pendant trois jours dans la gelée royale,
nous obtiendrons une mère de mauvaise qualité. Ce que nous constaterons
très vite: elle ne pondra que sur une seule face des cadres et la ruche
sera orpheline au printemps.

À l'heure actuelle pratiquement toutes les ruches sont équipés d'un
plateau amovible, et sont exploités en bâtisses froides (c'est-à-dire le
sens des cadres est perpendiculaire au trou de vol) Un moyen de
prévenir l'essaimage sans stress pour la colonie, consiste à tourner le
corps de ruche d'un quart de tour, de sorte qu'il soit exploité en
bâtisses chaudes. La ruche est coupée en deux parties par une grille à
reine posée verticalement entre le 4ème et le 5ème cadre compté à partir
du trou de vol. Les cadres sont contrôlés, les cellules royales
détruites sauf une. Toutes les abeilles avec leur vieille mère sont
brossées à l'arrière de la grille, le cadre avec son alvéole royale est
placé à l'avant de la grille. L'essaim éventuel ne peut plus partir, et
dès naissance de la jeune mère, la vieille n'est plus nourrie et meurt
au bout de 3 à 4 jours. La fièvre d'essaimage est tombée et la colonie
remérée. Le corps de ruche est réinstallé en bâtisses froides.

Il existe d'autres méthodes décrites par la littérature apicole pour
couper la fièvre : créer des essaims artificiels. Ce procédé
n'intéresse que ceux qui veulent augmenter leur cheptel.

Pour les ruchers que l'on ne peut pas visiter chaque jour et pour ne pas
perdre d'essaim, on pratique le " clippage des reines ". Cette
opération consiste à amputer une grande aile de notre reine, droite ou
gauche d'un bon tiers environ, avec un ciseau en très bon état. Cette
opération ne porte pas préjudice à la reine si elle est réalisée
correctement. Il faut veiller à ne pas couper plus d'un tiers de la
grande aile, sinon on court le risque de voir la reine remplacée.

En cas de sortie d'un essaim en l'absence de l'apiculteur, la reine
déséquilibrée ne peut voler et tombe à quelques mètres de l'entrée de la
ruche. Au bout d'un certain temps, les abeilles retournent à la ruche
abandonnant leur mère entourée de quelques fidèles.

Pose d'une seconde hausse

Les hausses ont été posées en avril et comportent un cadre de cire
gaufrée sur chaque rive. Lorsque les abeilles construisent ces cadres de
rive, il est temps d'ajouter une deuxième hausse car les rayons vides
stimulent le butinage et la récolte si la miellée n'est pas en cours
d'achèvement. Certains remettent les cadres en construction au centre de
la hausse avant la pose de la deuxième. À défaut, les abeilles ont
tendance à stocker le miel dans le nid à couvain, ce qui entraîne un
blocage de ponte, préjudiciable quelques semaines plus tard, surtout si
l'on envisage de transhumer en forêt. Cette deuxième hausse peut être
équipée entièrement de cires gaufrées. Elle est placée sur la première.

* Les avis sont partagés : certains veulent l'intercaler car les
abeilles ayant horreur du vide la rempliraient plus vite. Il ne faut pas
oublier que nous sommes encore en mai et que les saints de glace
peuvent nous réserver des nuits très froides. Les abeilles abandonnent
alors la hausse pour couvrir le couvain dans le corps de ruche. Le miel
qui est hygroscopique absorbera en l'absence des ouvrières, toute
l'humidité de la ruche.

Récolte des essaims

Ce chapitre est traité séparément dans le journal

Propriété d'un essaim

L'article 209 du code rural précise que le propriétaire d'un essaim a le
droit de le réclamer et de s'en saisir tant qu'il n'a pas cesser de le
suivre, autrement il appartient au propriétaire du terrain sur lequel il
s'est posé.
Ne soyez pas démoralisé si vos ruches essaiment ou si vous perdez un essaim. Il fera peut-être le bonheur d'un débutant…

Premières récoltes.

Si les conditions météo le permettent, une première récolte est tout à
fait envisageable sur les pommiers, puis sur le colza et bien sûr
ensuite sur les acacias.

Attention toutefois, les ruches disposées dans une région abondamment
fleurie de colza doivent être impérativement récoltées dès que les
hausses sont remplies aux trois quarts et en grande partie operculées.
Le miel de colza est un miel qui cristallise très rapidement et même
dans les alvéoles, et d'autant mieux si la ruche a essaimé ou que
certaines nuits sont très fraîches. Le mieux est de lever un maximum de
rayons, sans attendre que les champs soit redevenus totalement verts.

Attention aussi de ne pas laisser ce miel dans le maturateur plus que
quelques jours et dans une pièce chaude, car vous risqueriez de
retrouver une grande masse parfaitement cristallisée, homogène et bien
dure.

Enfin extrayez complètement ces cadres de colza afin qu'ils ne
contaminent pas d'autres récoltes. Le risque est très grand que les
traces de miel de colza ensemencent les autres récoltes, l'acacia par
exemple.

Au revoir, bonne récolte et rendez-vous en juillet-aôut à quelques semaines du congrès de Bourges prévu les 4 - 5 et 6 octobre.




F. Anchling


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