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Des fleurs qui s’ouvrent en mars

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Des fleurs qui s’ouvrent en mars

Message par Admin le Sam 13 Aoû - 17:03



<blockquote>

"Des
fleurs qui s’ouvrent en mars, on a que le regard car mars n’a pas deux jours
pareils"
Cette vieille maxime nous laisse rêveur alors que
nous vivons un mois de février (on est déjà le 20) d'une douceur vraiment
exceptionnelle dont nous souhaiterions bien entendu la continuité. Mais la
nature est prudente, les boutons des jonquilles sont présents et en attente
depuis déjà dix jours mais n'éclosent pas.


Ils semblent connaître et croire aux prévisions « du Calendrier des
Semis et des travaux agricoles » qui annonce « fin février la planète Mars
devrait apporter une influence hivernale, renforcée début du mois de mars par
l'arrivée de Mercure devant la constellation de plein hiver du Capricorne
»...Qui sait ?? Rappelons nous que le 6 mars 2006, 60 centimètres de neige
sont tombés en une nuit et un jour.

Mars est encore un mois d'hiver avec de fortes et brutales variations de
température, de la neige et des gels nocturnes, qui s'en va comme à regret,
poussé vers la sortie par un soleil qui chaque jour s'enhardit et grimpe un
peu plus au-dessus de l'horizon.

Profitant de cette période de beau temps, nous avons pu vérifier chaque
après-midi que les trous de vol de nos ruches étaient encombrés par de
nombreuses butineuses qui se bousculaient : certaines chargées du pollen
récolté sur les crocus, d'autres le ventre gonflé par l'eau pompée dans
quelque flaque. C'est le signe évident que la colonie se développe et que les
surfaces de couvain s'agrandissent plus ou moins selon l'âge de la reine et
les réserves de provisions.

Ces nombreuses sorties ont permis aux colonies de soulager leurs vésicules
rectales (voir croquis joint), de rentrer du pollen frais, de faire le ménage
et de nettoyer la maison. L'abeille est ainsi le prototype d'une espèce
vivante qui a développé un système valable pour protéger sa nourriture et son
habitat contre des créatures voleuses, des parasites ou des micro-organismes.
L'apiculteur se réjouit de retrouver toutes ses colonies en pleine forme et
santé. Néanmoins il est inquiet car le développement du couvain oblige les
nourrices à puiser dans les réserves pour alimenter les larves naissantes,
alors que les ressources extérieures sont encore totalement absentes. Ces
réserves hivernales déjà fortement entamées à l'automne par un hiver qui
n'arrivait pas, puis maintenant par plusieurs journées de sorties
intempestives, seront-elles suffisantes et surtout suffisamment proches de la
grappe, pour en cas de refroidissement brutal, être encore accessibles à une
population qui sera toute entière absorbée par la protection et le
réchauffement du couvain. Et la tentation d'ouvrir les ruches pour voir si
tout est en ordre est grande. Le jeune apiculteur devra attendre que
l'atmosphère soit suffisamment réchauffée pour ce faire.

Il faut être convaincu que pour exister et se développer, la colonie, dont
l'ensemble des membres forme une seule entité, est influencée par son
logement, son environnement, ses provisions et que chaque intervention de
l'apiculteur perturbe l'harmonie qui doit exister entre tous ces facteurs et
engendre un stress prolongé préjudiciable à son bien-être.

Alors
questions :



  1. Mes abeilles sont-elles domestiques ou sauvages ?
  2. Quels sont les besoins alimentaires de mes colonies ?
  3. Comment contrôler avant de pouvoir ouvrir les ruches ?
  4. Comment conduire la première visite de printemps ?


L'abeille
est-elle un animal sauvage ou domestique ?

C'est très certainement au néolithique que les animaux ont été domestiqués par
l'homme. Il a pu affirmer sa domination sur l'animal, lorsqu'il a été capable
de remplacer les silex taillés par des armes de pierre polie. C'est le renne
qui paraît avoir été le premier domestiqué pour sa sociabilité et les
ressources qu'il procurait : le travail, le lait, la viande, la peau etc. En
parcourant la littérature, on est surpris de constater que de très nombreux
avis contraires ont été émis sur le statut de l'abeille au cours des temps :
est-elle domestique ou sauvage ?

La loi française du 28 septembre 1791 prévoyait que la culture des abeilles
comme celle de tous les animaux domestiques n'était soumise à aucune
restriction.

L'expression animaux domestiques a été introduite le 2 juillet 1850 dans le
code pénal, sans toutefois donner une définition de l'animal domestique. C'est
ainsi que par un arrêt du 3 mars 1876, la Cour d'Appel de Toulouse considère
quant à elle que les abeilles ne sont pas des animaux domestiques. Une autre
opinion de l'époque considérait qu'elles ne devenaient domestiques que
lorsqu'elles constituaient des accessoires du fond sur lequel elles s'étaient
fixées. La notion de domesticité semble liée à celle de propriété ; ce qui
signifie qu'à l'inverse sont considérés comme sauvages les essaims en
mouvement qui n'étaient pas suivis par le propriétaire. Plus près de nous, un
précis de droit relatif aux animaux domestiques, édition de 1951 définit : «
la domestication implique la subordination et la soumission à l'homme dans son
intérêt, à son profit, en vue de son utilité ou de son agrément ». Compte tenu
de toutes ces contradictions l'on peut aisément comprendre que certains
jugements soient folkloriques : c'est le cas d'un propriétaire qui somme par
huissier son locataire-apiculteur d'enlever ses ruches, au motif que les
abeilles dépassaient les limites du terrain pour butiner. Et naturellement la
presse d'ironiser et de préciser que ce locataire ne s'est pas engagé à mener
ses abeilles à la corde comme au village on mène paître les vaches.

On retrouve malheureusement ces contradictions dans de nombreux ouvrages
apicoles. Si les uns rappellent que l'on a cherché de tout temps à recueillir
miel et cire, d'autres croient utile de préciser que l'abeille n'est pas
domestique parce qu'elle n'a pas subi la moindre dégénérescence de ses
aptitudes naturelles dans la lutte pour la vie : elle est simplement hébergée,
protégée des froidures de nos hivers.

Actuellement, on peut dire que l'abeille est bien un animal domestique ; en
effet l'actuel Code Rural -édition 2006 aussi bien dans ses articles L 214
avec alinéas que ses articles R 211et suites, concernant la garde des
animaux, et les contrôles sanitaires, considère bien l'abeille comme
appartenant à des espèces domestiques.


Quels
sont les besoins alimentaires de mes colonies ?

Tous les organismes ont besoin d'énergie pour survivre et travailler. C'est la
nourriture qui est la base de cette énergie. Nos abeilles ont besoin d'eau,
d'hydrate de carbone (les sucres) et de protéines (pollen).

Le pollen
Nous avons vu le mois dernier que le pollen ou "poussière des
fleurs" est la nourriture de base pour le développement de la colonie. Le
pollen fournit les protéines, les graisses, les minéraux et les vitamines. La
composition et la teneur en acides aminés essentiels ainsi qu'en vitamines et
substances antibiotiques, tous indispensables, varient fortement suivant
l'origine florale.

En fonction de leur origine les grains de pollen se différencient par leur
aspect comme par leur valeur nourricière. Les pollens de crocus, saules,
arbres fruitiers, colzas et bruyères sont particulièrement riches ; par contre
ceux d'épicéa, de pin, de noisetier ou d'aulne sont relativement pauvres.
Malgré leur peu de valeur, en cas de disette, par précaution, ils sont quand
même récoltés par les abeilles pour assurer la continuité de
l'approvisionnement.

Pour assimiler 10 grammes de protéines, une colonie doit consommer 48 grammes
de pollen contenant 30 % de protéines. Si ce pourcentage baisse de 10 %, la
quantité de pollen consommé passera à 72 grammes pour maintenir un niveau
d'assimilation correct. En période de miellée, cette teneur en protéines doit
être d'au moins 25 % à 30 % pour maintenir un taux de protéines dans le corps
des abeilles compatible avec les efforts qui lui sont alors demandés.

Les grains de pollen ont plus ou moins une forme de boule ; leur grosseur
varie de 5 à 200 µm, la majeure partie se situant entre 20 et 60 µm. Le grain
de pollen est entouré d'une enveloppe extérieure dure nommée l'exine qui
protège les richesses alimentaires du grain. L'exine par sa forme spécifique
trahit l'origine florale du grain; on utilise cette propriété dans l'analyse
microscopique des pollens : en paléontologie, pour confirmer l'origine d'un
miel et dans les recherches en criminologie. Une pelote de 10 mg peut contenir
plusieurs milliards de grains de pollen. Pour récolter cette quantité,
l'abeille doit visiter un très grand nombre de fleurs qui ainsi sont
pollinisées. En règle générale, l'abeille est fidèle à une sorte de fleurs,
bien que quelquefois on ait l'impression qu'elle n'a pas répondu à cet
objectif et construit une pelote de différentes couleurs.




Les corbeilles de pollen apportées à la ruche sont vidées dans les
cellules à proximité immédiate du nid à couvain et deviennent du pain
d'abeilles. Pendant le stockage les abeilles préposées à ce travail ajoutent
des extraits de leurs glandes hypopharyngiennes qui permettent une
pré-digestion et la conservation du pollen.

Pour récolter un kilo de pollen les butineuses font environ 50 000 sorties.
Une colonie a besoin de 25 kg de pollen par an pour la seule nourriture des
larves ; que l'on peut porter à 50 kilos si l'on y ajoute la consommation des
abeilles adultes.

Pendant les trois premiers jours de sa vie, la larve est nourrie avec une
bouillie larvaire dont la composition est similaire à celle de la gelée
royale. Par la suite les nourrices incorporent progressivement du pollen et du
miel en fonction de l'âge de la larve. On estime qu'elles consomment entre 50
et 125 mg de pollen entre le 4e et le 5e jour. Après l'éclosion pendant les 9
premiers jours de sa vie, la jeune abeille consomme encore du pollen, environ
60 mg pour compléter sa croissance et le développement des glandes
hypopharyngiennes.

La maturité sexuelle des mâles repose sur une importante consommation de
pollen lors des huit premiers jours de leur stade adulte.

La récolte du pollen est variable tout au long de l'année, selon les besoins
nutritionnels spécifiques de la colonie liés par exemple à la ponte, à la
reproduction chez le mâle, à la production de gelée royale etc. Comment
l'abeille est-elle informée des besoins en pollen de la colonie ? Il est admis
que les nourrices donnent aux butineuses un peu d'extrait de leur glande
hypopharyngienne, ce qui leur permettrait d'estimer la valeur du pollen ayant
servi de base et de conclure quels seraient les besoins immédiats de la
colonie.

Il y aurait encore beaucoup de choses à écrire au sujet de la récolte du
pollen. Nous en reparlerons le mois prochain.

Les sucres
Les sucres stockés sous forme de miel représentent une part importante de
l'alimentation des abeilles et sont principalement utilisés pour assumer les
dépenses énergétiques en fonction de l'activité. Pendant la période hivernale
la production de chaleur pour maintenir le couvain à une température de 34°
est coûteuse en consommation des réserves. Dans nos régions une colonie
consomme de l'automne à la fin de l'hiver de 20 à 25 kg de miel. Si la
consommation reste inférieure au kg en décembre et janvier, elle augmente
rapidement avec le démarrage de la ponte pour atteindre 9 à 10 kg en avril. Si
les conditions atmosphériques n'ont pas permis de stocker suffisamment de
nectar, il y a danger de pénurie. On estime la consommation annuelle d'une
colonie pour ses propres besoins à 75 kg par an.

L'eau
L'eau est indispensable au développement et à la croissance des organismes
vivants. La teneur en eau des abeilles fraîchement écloses est relativement
haute, puis baisse durant le premier jour de vie pour se situer aux alentour
de 70 %. L'abeille dispose d'hormones régulatrices de l'eau qui tendent selon
les cas à en augmenter ou à en abaisser la consommation. C'est le sang qui
sert de tampon dans les variations d'hydratation de l'organisme de l'abeille
et également de l'intestin. L'importance de l'eau dans l'activité d'élevage de
la colonie a clairement été mise en évidence par les chercheurs. Dans la
ruche, les nourrices renouvellent constamment le stock de nourriture des
cellules en maintenant ainsi un certain taux d'humidité. Au laboratoire pour
éviter une trop grande dessiccation de la nourriture, l'humidité relative en
étuve doit être maintenue à 26 %.

En cas de surchauffe du nid à couvain, la ventilation permet l'évaporation
rapide de l'eau apportée par les butineuses déposée en flaques nombreuses puis
étalées en pellicule. Certaines abeilles qui paraissent immobiles étalent en
effet par des coups de langue, les gouttelettes en mince film, ce qui améliore
les phénomènes d'évaporation. Lindauer a montré que des groupes d'ouvrières
spécialisées dans l'apport d'eau participent à ces coups de langue et à
l'évaporation. On a également montré qu'il existe une coordination entre les
pourvoyeuses d'eau et celles chargées de la répartir dans la ruche. Pour
élever 100 larves, il faut une quantité d'eau qui mobilisera 5 pourvoyeuses
pendant 8 heures. En cas de besoin, celles-ci pourront mobiliser par une danse
très intense de nouvelles congénères. Il est possible de comprendre ce que vit
la colonie en observant et en analysant les signes extérieurs.

Il est indispensable d'accepter une évidence dérangeante : le rôle de
l'apiculteur n'est pas d'ordonner à ses colonies une marche à suivre, mais
d'accompagner leur développement en éliminant tout ce qui pourrait l'entraver
ou le ralentir. De nombreuses études scientifiques ont permis de conclure avec
certitude que "l'unité abeille" n'acceptait d'aucune façon la modification de
son horloge biologique, uniquement réglée par l'harmonie environnementale de
son logement. L'apiculteur doit vivre comme ses colonies, au rythme des
floraisons qui constituent le seul calendrier vraiment opérationnel dans la
conduite d'un rucher. En attendant que le beau temps et la chaleur lui
permettent d'ouvrir ses ruches, l'apiculteur dispose de plusieurs possibilités
de voir et de comprendre ce que vit la colonie.

Par le dessus
Il est évident et compréhensible qu'un jeune apiculteur soit inquiet et
veuille sans cesse contrôler la marche de sa colonie et suivre son
développement. Pour observer la vie de la colonie sans la déranger par des
ouvertures répétées du couvre-cadre, il est conseillé depuis un certain temps,
de couvrir le dessus des ruches, par une feuille de plastique transparent qui
tient lieu de couvre-cadres. Ces feuilles de plastique transparent souple sont
disponibles chez les vendeurs de spécialités apicoles aux dimensions
standard. Pour ma part je préfère insérer cette feuille dans un cadre aux
dimensions extérieures de la ruche. Pourquoi ? Ce plastique souple repose
directement sur les cadres et nos protégées pour se frayer un passage sont
obligées de construire entre le dessus des cadres et le plastique de petits
supports de cire et propolis qui sont détruits à chaque ouverture et finissent
par opacifier le couvre-cadre.

Pour construire mon couvre-cadre, j'utilise des tasseaux de 45 x 22 dans
lesquels je creuse une feuillure de 6 mm de profondeur qui servira à coincer
la feuille de plastique. La rainure sera creusée de sorte que la distance
entre elle et le dessus des cadres soit comprise entre 6 mm (si la distance
est plus faible, les abeilles propolisent) et 10 mm (si la distance est plus
grande les abeilles construisent), puis j'assemble le tout à mi-épaisseur. Ce
couvre-cadre est réversible. En situation permanente, la feuille transparente
est positionnée entre 6 et 8 mm au-dessus des cadres - lorsque j'envisage de
poser un pain de candi sur les cadres ou une pelote de pollen comme cela vous
a été décrit le mois dernier, je retourne mon couvre cadre et le vide de 40 mm
est largement suffisant. En hiver je pose une plaque de polyuréthane de 40 mm
d'épaisseur à l'intérieur du couvre-cadre de façon à assurer une protection
suffisante pour conserver la chaleur de la colonie.

Par le dessous

A
l'heure actuelle, rares sont les ruches qui ne sont pas équipées d'un plateau
grillagé. À partir de la mi-janvier, les langes sont posés dans les plateaux,
ainsi l'on peut vérifier une fois encore le nombre de cadres occupés par la
grappe d'après les rangées de déchets déposés sur le lange. La couleur des
déchets trahira l'âge des cires et donc la nécessité de les renouveler. Vous y
découvrirez aussi des traces d'humidité provoquées par l'élevage du couvain.
Peut-être même pourra-t-on apercevoir des œufs que la reine aura perdu ?
L'examen attentif des dépôts fournit une mine de renseignements à exploiter,
entre autres la présence de varroas, des morceaux de pollen fraîchement
récoltés, les petits bâtonnets noirs des fèces d'une larve de fausse teigne
sortie de son hivernage, des morceaux de bois trahissant la présence d'une
musaraigne profitant du gîte et du couvert et même malheureusement les
prémices d'une maladie.



Au trou de vol
C'est par cette petite ouverture que la colonie nous transmet son message, ses
souhaits et ses besoins. C'est par là qu'elle respire et rejette tout ce
qu'elle ne supporte pas dans sa maison. C'est l'endroit où par son attitude
elle nous fait connaître son état de santé, ses souffrances et aussi si elle a
besoin de l'aide de l'apiculteur. D'ailleurs toute l'année, à chaque arrivée
au rucher et avant toute intervention, il est plus utile de commencer par une
visite générale des trous de vol, pour se faire une idée par comparaison de
l'activité globale. Les premières constatations que nous pourrons faire vont
orienter nos réflexions et permettre de planifier une intervention qui sera
ensuite beaucoup plus rapide.
Quelques repères tirés d'un ouvrage étonnant que tout apiculteur devrait avoir
avec lui lorsqu'il visite son rucher (Au Trou de Vol - en vente à la
librairie du Syndicat).

les butineuses rentrent de grosses
pelotes de pollen : tout va bien, l'élevage a commencé, c'est bon signe.
La colonie ne rentre pas de pollen ou
seulement de toutes petites pelotes : à surveiller, si cette situation
perdure, elle est peut-être orpheline (il faudra attendre le mois d'avril)
ou malade (à contrôler de suite).
L'on observe quelquefois sur les planches
d'envol quelques abeilles plaquées sur la planche et l'abdomen relevé vers
le ciel : elle battent le rappel en émettant une phéromone pour permettre
aux nouvelles de retrouver leur maison.
Il peut arriver qu'il n'y ait aucune
activité : sans hésitation il faut ouvrir la ruche. Plusieurs raisons
peuvent expliquer le manque d'activité d'une ruche ; peut-être la colonie
est morte de faim ou de faiblesse, la grappe était certainement trop
petite pour affronter les rigueurs de l'hiver. On trouvera alors
fréquemment une petite plaque de couvain recouverte d'abeilles mortes de
faim ; ne pouvant quitter le couvain elles n'avaient plus les moyens de
s'alimenter. Lorsque la ruche est totalement vidée de ces abeilles et
qu'elle contient des cadres de provisions intactes, c'est que varroa a
pris le dessus et tué la colonie.
Une ruche morte sera évacuée immédiatement pour éviter tout pillage. A
l'atelier il faudra rechercher la cause du drame. Les cadres
seront découpés pour être fondus et tout le matériel sera minutieusement
désinfecté avant d'être réutilisé.

Vous trouverez dans l'ouvrage précité de très nombreux indices concernant les
multiples incidents que l'on peut rencontrer.

L'eau élixir de vie
Lorsque
le rucher commence à s'éveiller, il est souvent choquant de voir des abeilles
assises autour d'une flaque d'eau ou en d'autres endroits humides, même sur le
fumier, pour chercher de l'eau. Mais qu'en font-elles ?

C'est justement au printemps que les colonies ont le plus besoin d'eau, car le
nourrissage des larves contraint les nourrices à dissoudre le miel en réserve
qui est cristallisé. De même quand elles mangent du pollen pour préparer la
bouillie larvaire, elles ont besoin d'eau pour le digérer et ainsi éviter la
constipation; enfin, les abeilles qui ne sont pas nourrices ont elles aussi un
petit besoin d'eau.

En fin d'hiver, la colonie couvre ses besoins avec l'eau de condensation
récupérée dans la ruche ; celle-ci est libérée par la respiration qui
correspond à environ 0,5 ml par gramme de nourriture consommée. Elle retombe
le long des parois froides de la ruche.
En été, le nectar apporté à la ruche contient un pourcentage d’eau important
que les ventileuses doivent éliminer et qui est récupéré.

En mars, avec l'augmentation des surfaces de couvain, l'eau de condensation ne
suffit plus. Les périodes froides font obstacle à la sortie des butineuses et
le manque de miellée va rapidement conduire à une pénurie d'eau, ce qui oblige
les porteuses d'eau à sortir. Malheureusement, l'eau est encore très froide et
souvent les pourvoyeuses, paralysées, meurent en route et sont perdues pour
une population déjà très réduite.

Des observations scientifiques ont étudié les problèmes de la consommation
d'eau et ont noté qu'une porteuse d'eau fait en moyenne 50 sorties par jour
pour chaque fois 25 mg d'eau. Cela signifie un apport journalier d'environ
1,25 gramme par abeille. Il faut compter cinq pourvoyeuses d'eau pour cent
larves. On calcule en moyenne une consommation de 0,15 litres par jour et par
ruche, quantité qui peut atteindre 0,5 litre en plein été, ce qui mobilise 450
porteuses d’eau. Si les butineuses rentrent suffisamment de nectar, il n’y a
pas besoin d’eau.

Le travail des porteuses d'eau est un travail à haut risque. Les observations
conduites par Woyciechowski sur différents ruchers en divers emplacements ont
clairement démontré que la vie des pourvoyeuses d’eau est nettement plus
courte que celle des butineuses. Lors d’une première expérience, des
butineuses et des pourvoyeuses marquées qui s’alimentaient à des sources
respectives de sirop et d’eau ont été capturées et relâchées à 300 mètres de
leur ruche ; 20 secondes plus tard, 91 % des butineuses sont revenues à la
ruche mais seulement 7 % des pourvoyeuses d’eau.

Une deuxième expérience qui avait pour but de contrôler la quantité de
nourriture, c’est-à-dire le carburant emporté par les ouvrières à leur départ
de la ruche ont donné les résultats suivants : le jabot des butineuses
contenait en moyenne 0,134 mg de matière combustible et celui des pourvoyeuses
0,634 mg. Cela prouve très nettement la pénibilité du travail des porteuses
d’eau.

Parmi
tous les paramètres qui permettent à une ruche de vivre en harmonie, une
source d'eau qui protège la vie des abeilles est primordiale. Les abeilles
préfèrent les eaux stagnantes réchauffées. Elles privilégient les eaux acides
et enrichies en minéraux. Très souvent elles préfèrent les eaux sales à celle
du robinet. Si dans les environs du rucher elles trouvent des ruisseaux, des
mares, ou d'autres eaux stagnantes, ceux-ci seront plus fréquentés que les
réservoirs d'eau claire. Les abreuvoirs doivent être aussi proches que
possible du rucher. En mars une bonne colonie qui élève a besoin de 125 à 200
grammes d'eau par jour, ce qui représente 4000 sorties par mois. C'est bien
pourquoi la source doit être le plus près possible du rucher, à environ 30
mètres pour réduire les pertes de porteuses d'eau qui sont en danger
permanent. L'alimentation en eau doit être protégée ; les abreuvoirs seront
couverts afin d’éviter une pollution de l’eau, protégés des vents dominants et
ouverts au sud. Les récipients trop profonds invitent les oiseaux au bain.

Chaque apiculteur peut être conscient que la mare ou la piscine du voisin,
même si elle représente une source d'eau formidable, conduira à des disputes
ou des procès. Pour éviter de tels incidents, il est prudent d'installer des
abreuvoirs sur son propre terrain.

Quelques conseils : installer les abreuvoirs dès fin février ou tout début
mars pour que les abeilles n'aient pas pris le chemin vers d'autres endroits
et veiller à ce qu’ils ne soient jamais à sec ; les abeilles retourneraient
chez le voisin.

Les suggestions d'autrefois pour attirer les abeilles à l’abreuvoir avec de
l'eau sucrée n'ont pas lieu d'être ; la plupart du temps, si l'emplacement est
bien choisi, ces préparatifs ne sont pas nécessaires. Tout au plus peut-on
ajouter un peu de sel ou d'ammoniac.

La
visite de printemps

C'est
une opération capitale au démarrage de l'année apicole. Surtout ce printemps
car les colonies ont déjà beaucoup travaillé depuis début février. Comment
ont-elles pu assumer un retour du froid ?

Pourquoi ? Au début du printemps l'apiculteur ignore totalement l'état de ses
colonies ; leur histoire, leur avenir. Les observations au trou de vol,
l'examen des langes, les mouvements observés par le couvre-cadre ne sont plus
suffisants pour connaître avec exactitude les capacités de la colonie à se
bien développer.

Pour cela il nous faut : vérifier l'état sanitaire de la colonie, c’est le
plus important.

Lorsqu'on ouvre une ruche, elle doit dégager une bonne odeur : mélange de
miel, de cire et de propolis. Toute autre odeur est suspecte et doit nous
faire penser à une maladie pour laquelle il faudra prévenir le spécialiste
apicole du syndicat.

Dans le cas où des traces de déjection souilleraient les parois ou la planche
d'envol, prévenir le spécialiste apicole. C'est un signe de maladie qui se
traite facilement.

Cette visite sera aussi l'occasion d'éliminer tous les cadres anciens, noirs
ou moisis et de nettoyer les planchers ; s'il est amovible, en le remplaçant
par un plancher propre, nettoyé et désinfecté à la flamme. Les cadres éliminés
seront remplacés par des cadres construits. Il est trop tôt pour mettre en
place de cires gaufrées.

Et toutes les informations recueillies pendant cette visite doivent être un
inscrites sur la fiche individuelle du suivi de la ruche : le nombre de
cadres de couvain, de provisions, de pollen ou vides. Il est très important de
noter toutes nos interventions afin de suivre l'évolution de la colonie et de
pouvoir programmer nos interventions futures avant d'ouvrir les ruches.
Ne pas oublier non plus de renseigner le registre d'élevage : date de visite,
RAS ou constatations éventuelles, visite du spécialiste apicole etc…

Vérifier l'état et le volume des
provisions

Nous savons que mars et surtout avril sont des mois traîtres ; les réserves
doivent être suffisantes pour que la colonie ne se sente jamais dans le besoin
en cas de mauvais temps prolongé, sinon elle bloquerait immédiatement la
ponte, ce qui serait préjudiciable à son développement. Ces réserves doivent
toujours représenter huit à dix kg de miel soit l'équivalent de 3 à 4 cadres
Dadant operculés. À partir du moment où les cerisiers sont en fleurs,
l'apiculteur peut être rassuré ; les rentrées de nectar devraient suffire à
l'alimentation de la colonie. Les réserves de pollen ne devraient poser aucun
souci, à vérifier quand même. En cas de manque il faudra nourrir.

Vérifier l'état de la reine et
du couvain

Un
couvain compact comprenant des cellules operculées régulièrement et légèrement
bombées vers le haut, des larves et des œufs, sont la garantie d'une reine en
forme, capable de conduire son peuple à la réussite.

Si le couvain est dispersé ou en mosaïque, alors attention la reine est âgée,
usée ou malade. Cette colonie est à surveiller ; pour l'instant il est
impossible d'intervenir, sauf en cas de maladie. Dans ce cas il est impératif
de prévenir le spécialiste apicole.
Il arrive aussi que l'on ne trouve que du couvain de mâle, nous avons affaire
à une colonie bourdonneuse.

Si les œufs sont disséminés et qu'on en trouve quelquefois plusieurs dans la
même alvéole, on dit que la colonie est bourdonneuse. Lorsque la phéromone
royale est absente, certaines ouvrières développent leurs ovaires et pondent
alors des œufs infertiles car non fécondés. Une colonie bourdonneuse doit être
éliminée car on ne peut rien en faire. On l'emporte à une centaine de mètres
du rucher et on secoue les abeilles par terre. Celles qui peuvent voler
retourneront vers le rucher et mendieront leur acceptation dans les autres
ruches. L'éloignement du rucher est important car les abeilles pondeuses ne
peuvent plus voler et ne risquent pas d'apporter le désordre dans les autres
colonies.

Lorsqu’une colonie est sans activité alors que des abeilles encombrent la
ruche, il faut ausculter les cadres avec beaucoup d'attention : la colonie
est orpheline quand elle a perdu sa reine par mort prématurée, accident ou
infertilité et que les ouvrières ne peuvent plus la remplacer, parce qu'il y a
plus de jeunes larves pour ce faire. Si les œufs sont disposés régulièrement
au fond des alvéoles, la mère est encore présente. Il faut la rechercher et
l'éliminer. Les abeilles peuvent être récupérées pour renforcer une autre
colonie.

Comment procéder ?
Tout d'abord, il faudra choisir une journée calme (sans vent) ; chaude, (au
minimum 17° à l'ombre). Il faudra agir rapidement pour ne pas refroidir le
couvain. Prévoir une couverture à rouler, en remplacement du couvre-cadre,
pour ne dégager que l'espace nécessaire au prélèvement de chaque cadre et
ainsi éviter au maximum les déperditions de chaleur. Tout le matériel utile
sera préparé à l'avance après mûre réflexion : plateaux de rechange, cadres
construits, caisse pour les cadres éliminés, éventuellement une ruche pour le
transvasement d'une colonie dans un habitat délabré ; un enfumoir rempli et
allumé, une lampe à souder et du petit matériel (spatule, lève-cadre, clous et
marteau, punaises multicolores, etc.

Deux bouffées de fumée par le trou de vol mettront la colonie en bruissement;
deux minutes plus tard on décolle le couvre cadre et un peu de fumée fera
plonger dans les alvéoles les retardataires. Mais attention, la fumée doit
être utilisée pour maîtriser l'agressivité d'un peuple dérangé dans sa
quiétude mais non pas pour l'intoxiquer. L'enfumoir doit rester à portée de
main pour de temps à autre cracher une petite bouffée de fumée froide, mais
non pour entourer la ruche d'un nuage digne des pires brouillards londoniens.

La visite commence de préférence du côté opposé à l'emplacement de la grappe.
Le premier cadre de rive est retiré ; il est bien souvent vide de toute
provision et parfois humide ou même moisi. Il sera enlevé et réformé. Et la
visite continue cadre par cadre, chacun étant décalé d'un cran. Les cadres
vides et noirs sont éliminés, ceux qui contiennent du miel ou des pollens sont
mis à la place des cadres évacués. Les cadres suivants subiront le même
contrôle et le volume de provisions sera estimé. Les cadres de couvain seront
examinés avec une très grande attention et rapidement pour éviter le
refroidissement des larves. Il ne faut pas oublier que le micro-climat
entourant le couvain est de 35° et que notre intervention détruit ce
microclimat. Les couveuses et les butineuses mettront vingt heures pour le
reconstituer, toutes affaires cessantes. Notre intervention constitue un
stress pour la colonie et détruit son harmonie, la précipitant en situation de
détresse et donc de vulnérabilité.

Dans le même temps on veillera à réorganiser l'habitat. Le couvain sera bordé
de chaque côté par un cadre construit, vide pour l'extension du nid et de deux
cadres de miel et pollen. En rive, on positionnera un cadre avec une amorce de
cire de mâle, pour permettre à la colonie d'élever des mâles qui seront
matures lorsque les reines chercheront à se faire féconder. L'espace restant
sera provisoirement neutralisé par une partition. Ce n'est qu'en fonction de
l'extension du volume occupé par le couvain que cet espace sera garni de
cadres. Et nous préconisons de remplacer le couvre-cadre par une plaque de
verre ou de plexiglas ou simplement par une feuille PVC transparente qui
permettra de suivre par tous les temps, aussi fréquemment que souhaité, sans
ouvrir la ruche, donc sans détruire son harmonie, l'extension du nid à couvain
et de savoir sans hésitation quand augmenter le volume de la ruche et aussi
quand poser la première hausse.

Conditions
requises pour une bonne production de miel

L'objectif de l'apiculteur est de produire du miel. Pour cela, il faut que
soient réunies au moment opportun trois conditions afin de profiter des
miellées proposées par la nature : une grande quantité de butineuses ; de
grandes surfaces de fleurs mellifères; des conditions climatiques favorables à
la montée du nectar. Si l'une ou l'autre de ces conditions n'est pas remplie,
la récolte de miel sera faible ou nulle. Si l'apiculteur ne peut intervenir
sur la dernière des conditions, il peut par contre veiller à ce qu'une
quantité maximale de butineuses soit présente au moment voulu.

Par la visite de printemps, l'apiculteur connaît maintenant les capacités de
chacune de ses colonies. Il lui appartient de les veiller et de les aider à
générer ce maximum de butineuses pour profiter de la miellée principale.
Connaître l'époque de cette miellée est d'un grand intérêt (par l'observation
et les dates notées (comme expliqué précédemment). Cela permet d'anticiper la
réaction de la reine ; sachant qu'il faut compter vingt et un jours de l’œuf à
l'insecte parfait et encore une fois 21 jours pour faire de la jeune abeille
une butineuse, c'est quarante-deux jours avant la miellée principale que la
reine devra pondre un maximum d'oeufs. Et pour cela, la colonie devra regorger
de nourriture et de pollen car en cas de disette il n'y aura que peu de ponte.

En souhaitant que toutes vos colonies aient bien hiverné Bonne chance pour une
bonne année.


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F. ANCHLING


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