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OURS – APICULTEURS Une cohabitation difficile

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OURS – APICULTEURS Une cohabitation difficile

Message par Admin le Sam 13 Aoû - 13:52


OURS
– APICULTEURS
Une cohabitation difficile



par Gilles Fert
www.abeilles-selectionnees.com





<table id="table1" border="2" cellpadding="5" cellspacing="0" width="72%">
<tr>
<td>
Fiche d’identité


Couleur

:
beige à brun foncé

Taille
:
de 1,70 à 2,20 mètres debout.

Poids : 90 Kg
environ pour une femelle
et jusqu’à
300kg pour un mâle.

Longévité :
20 à 25 ans en milieu naturel

</td>
</tr>
</table>






Pour l’apiculteur de montagne, les ruchers les plus
intéressants sont les endroits isolés, riches en plantes à baies comme les
framboisiers, myrtilles…etc. Il se trouve que l’ours des Pyrénées apprécie
également ce type d’habitat. Cette cohabitation qui existe depuis la
présence de l’homme dans ces zones sauvages reste difficile mais pas
impossible.

Distribution
géographique

L’ours brun des Pyrénées appartient à la lignée occidentale de la
population européenne d’ursus arctos, qui est présente depuis l’Espagne
jusqu’au sud de la Suède, en passant par la France, l’Italie, la
Slovénie, la Croatie.

L’ours brun Européen se rencontre principalement dans les zones de basse
montagne partiellement boisées et isolées.

Surtout présent dans l’Est et le Nord de l’Europe, il résiste
difficilement à la pression de l’activité humaine dans les massifs tels
que les Pyrénées.
On observe également quelques petites populations
locales en Italie et dans les Asturies espagnoles.

Cette espèce est le plus souvent décelable dans la nature par ses
empreintes de pattes arrières d’apparence humaine, ses poils à la pointe
blanchâtre, ses fèces volumineux et ses griffures laissées sur les
arbres à hauteur d’homme.


Distribution passée et actuelle de l’ours
brun
en Europe


L’IPHB (Institut Patrimonial du Haut Béarn) recense aujourd’hui une
vingtaine d’ours sur tout le massif Pyrénéen en comptant les
réintroductions. En effet, depuis 96, la micro population pyrénéenne a été
renforcée par des ours issu de Slovénie. Cette population se déplace sur
tout le massif, aussi bien espagnol que français.




Reintroduction d'ours dans les Pyreénées
1996

<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" width="100%">
<tr>
<td valign="baseline" width="42"> </td>
<td valign="top" width="100%"> 19 mai 1996, à Melles (31) : ZIVA, femelle
</td>
</tr>
<tr>
<td valign="baseline" width="42"> </td>
<td valign="top" width="100%"> 6 juin 1996, à Melles (31) : MELBA, femelle
Morte accidentellement en 1997

</td>
</tr>
</table>

1997


<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" width="100%">
<tr>
<td valign="baseline" width="42"> </td>
<td valign="top" width="100%"> 2 mai 1997, à Melles (31) : PYROS, mâle
</td>
</tr>
</table>

2006


<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" width="100%">
<tr>
<td valign="baseline" width="42"> </td>
<td valign="top" width="100%"> 25 avril 2006 à Burgalays (31) : PALOUMA,
femelle
Morte le 25 /08/07 suite à une chute sur barre rocheuse

</td>
</tr>
<tr>
<td valign="baseline" width="42"> </td>
<td valign="top" width="100%"> 28 avril 2006, Bagnères de Bigorre (65) :
FRANSKA, femelle
Morte le 9/08/07 suite à une collision avec une voiture

</td>
</tr>
<tr>
<td valign="baseline" width="42"> </td>
<td valign="top" width="100%"> 17 mai 2006, à Arbas (31) : HVALA, femelle
</td>
</tr>
<tr>
<td valign="baseline" width="42"> </td>
<td valign="top" width="100%"> 2 juin 2006, à Arbas (31) : BALOU, mâle
</td>
</tr>
<tr>
<td valign="baseline" width="42"> </td>
<td valign="top" width="100%"> 22 août 2006, à Arbas (31) : SAROUSSE,
femelle

</td>
</tr>
</table>


Population d’ours en 2005

Répartition communale
(Andorre, Espagne, France) sur la base des informations de l’équipe
technique ours (ONCFS)
et du réseau ours brun

Mode de vie
Contrairement aux idées reçus, l’ours brun des Pyrénées a plus un régime
végétarien que carnivore. Cela ne l’empêche pas de s’attaquer parfois aux
moutons. Des dizaines de déclarations d’attaques de bétail ont été observées
en 2007, entraînant une indemnisation.
<table id="table14" border="1" cellpadding="5" cellspacing="0">
<tr>
<td valign="top">

Dégats d'ours sur
le massif Pyrénéen

côté français (sources IPHB)

<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" width="100%">
<tr>
<td valign="baseline" width="42"> </td>
<td valign="top" width="100%">401 ovins tués
</td>
</tr>
<tr>
<td valign="baseline" width="42"> </td>
<td valign="top" width="100%">1 porcin tué
</td>
</tr>
<tr>
<td valign="baseline" width="42"> </td>
<td valign="top" width="100%">1 cheval tué
</td>
</tr>
<tr>
<td valign="baseline" width="42"> </td>
<td valign="top" width="100%">24 ruches détruites</td>
</tr>
</table>
</td>
</tr>
</table>

Constat par l’IPHB d’une attaque
d’ours
dans une vallée béarnaise. ( photo G.Fert)


Concernant l’apiculture, le renforcement de la population locale par des
ours slovènes, à rendu impossible le placement des ruches dans les
emplacements habituels de certaines vallées sans une protection
particulière. Il semblerait que l’ours slovène soit plus attiré par les
ruches que son cousin pyrénéen. L’ours préfère de loin le couvain au miel.
Cette consommation de larves lui apporte les protéines nécessaires à la
sortie de l’hiver et en fin d’automne en prévision de l’hivernage.

Les attaques de
ruchers

Quel que soit le pays, les apiculteurs exerçant dans les zones à ours sont
de plus en plus concernés par les attaques de ruchers. L’évolution des
textes montre une tendance vers une protection juridique de plus en plus
importante de la biodiversité et notamment de l’ours brun. L’espèce étant
menacée, les États, qui abritent une population d’ours brun, portent une
responsabilité dans sa conservation et donc dans la mise en oeuvre de
mesures efficaces de gestion, voire de restauration.

L’ours brun est une espèce protégée au sens de l’article 12 et de l’annexe
IV de la directive Européenne, (interdiction de capture ou de mise à mort
intentionnelle…)

Les attaques ont parfois lieu en début de saison, à la sortie de
l’hibernation lorsque peu d’aliments sont disponibles (de mars à juin) mais
le plus souvent à l’automne. Au cours des cinq dernières années, dans les
Pyrénées, les ours ont endommagé en moyenne 22 ruchers par an avec des
dégâts portant sur 35 ruches par an en moyenne. Généralement, lorsque l’ours
s’attaque à un rucher, il endommage une seule ruche. Et, dans de rares cas,
les dégâts portent sur un nombre plus important de ruches (pouvant aller
jusqu’à une dizaine).

Les contraintes intrinsèques à la montagne demeurent un frein au
développement de l’apiculture. Cependant, cette activité présente
d’importants débouchés et des possibilités de valorisation. L’impact de
l’ours est relativement faible mais nécessite d’être pris en compte pour
proposer des solutions de prévention des dommages adaptées.

Ministère de l’environnement 2007

Protection des
ruchers

Les recommandations en cas d’attaque sont :
changer d’emplacement lorsque c’est possible,
placer un poste radio dans le rucher ( le bruit permanent
dissuade l’ours quelques jours, le temps de prendre d’autres mesures),

installer une clôture électrifiée. S’il persiste, piéger
l’animal afin de le déplacer à plusieurs centaines de km.


La protection des ruchers contre les attaques d’ours passe le plus souvent
par l’installation de clôtures électriques fixes ou mobiles pour les ruchers
transhumants.

Un appui financier est apporté aux apiculteurs pour leur permettre de
s’équiper d’une clôture électrique de protection. Un soutien est également
fourni pour compenser le temps passé par l’apiculteur transhumant à déplacer
et remonter sa clôture durant la période de production. Un appui technique
pour l’utilisation de ces clôtures est dispensé par les techniciens
pastoraux itinérants de l’équipe technique ours.

Si pour les bovins et chevaux une clôture de 3000 volts suffit, ( 1000 V.
pour les porcs) il faut 5000 V. pour dissuader l’ours, voire 10 000 à 12 000
V. comme au Canada. Quatre rangées de fil électrifiés sont nécessaires. Mais
cette protection a ses limites. Les poils de l’animal l’isolent bien contre
le courant. Parfois il passe à travers les fils sans recevoir de chocs
importants. La « bonne pratique » veut que l’on accroche un morceau de
jambon sur le fil. L’ours reçoit ainsi une décharge sur le museau, partie
sensible, et en principe ne revient pas renifler dans le secteur.




Installation de clôtures avec
batterie solaire,
dans le Haut Béarn. (photo .G.Fert)
Témoignage
«Je me croyais malin en te disant que je n'avais jamais de problèmes
d'ours, et voilà que cette année c'est mon tour. Le compère n'y est pas allé
avec le dos de la cuillère.
Pas moins de trente ruches renversées et 12 ruches complètement destroy.

Les gardes de "Conservation Manitoba" m'ont vraiment aidé. Nous avons
installé deux énormes pièges mais jusqu'à aujourd'hui, nous n'avons pas la
chance de notre côté.
Les pièges restent désespérément vides.

Dans certaines régions du Canada, c’est pire. Je me rappelle très
bien d’un emplacement où ce collègue avait sanglé chaque ruche
individuellement avec un feuillard métallique qui était connecté à
la clôture électrique, pour te dire le degré d’exaspération du gars.


Piégeage au Canada ( photo
P.Faure)

En s'approchant de l'emplacement, on s'est vite rendu compte que les
abeilles étaient habituées aux nombreux dérangements de l’ours car nous nous
sommes fait cueillir par une volée d'abeilles très agressives.

Comme me l'expliquait ce collègue, l'ours détruit la clôture puis fait
rouler les ruches une par une par terre pour les ouvrir, mais comme chaque
ruche est entourée d'un feuillard métallique, il n'y arrive pas. Je te
laisse imaginer l'excitation des abeilles. »
Pierre Faure, Apiculteur au
Canada www.frenchbeefarm.com

Les aides
Afin d’aider les apiculteurs à protéger leurs ruchers, des mesures ont été
mises en place. Elles correspondent au financement de l’achat de clôtures
électriques fixes ou mobiles, et de leur installation ainsi que le soutien à
leur utilisation annuelle. Les techniciens pastoraux itinérants de l’équipe
technique ours peuvent fournir un appui technique pour le choix de ces
clôtures.

A la suite des attaques de l’année 2000, le nombre de clôtures achetées pour
protéger les ruchers a fortement augmenté en 2001. Leur utilisation se fait
par les apiculteurs pour la plupart, sans soutien financier.

Les indemnisations
L’indemnisation des ruchers endommagés par l’ours est également financée
selon un tarif révisé annuellement et calqué sur les prix du marché du miel.

Prévention des
dommages aux ruchers


<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" width="100%">
<tr>
<td valign="baseline" width="42"> </td>
<td valign="top" width="100%"> Achat de clôtures
</td>
</tr>
<tr>
<td valign="baseline" width="42"> </td>
<td valign="top" width="100%"> Financement du matériel destiné à la protection des
ruchers, a son transport et à sa mise en place (dans le cas de clôture
fixe pour protection des ruchers non transhumants). jusqu’à 100% du TTC

</td>
</tr>
<tr>
<td valign="baseline" width="42"> </td>
<td valign="top" width="100%"> Mise en oeuvre des clôtures mobiles pour les ruchers
transhumants

</td>
</tr>
<tr>
<td valign="baseline" width="42"> </td>
<td valign="top" width="100%"> Installation en début de saison, déplacement et
désinstallation en fin de saison des clôtures.
80 € par rucher et par apiculteur

</td>
</tr>
</table>
« Des dégâts ont été constatés sur certains ruchers
protégés par clôture. Une amélioration du dispositif technique sera
travaillée par les techniciens en collaboration avec les professionnels
apicoles. Une réflexion pourra être menée également pour le développement de
nouvelles modalités de protection. Il a été évoqué, dans le cadre du
déroulement de la concertation, la piste de ruchers non transhumants
construits en dur. »
Ministère de l’environnement

Chez nos collègues
La Turquie qui abrite une population d’environ 3 000 ours bruns vient d’en
autoriser la chasse avec un quota bien défini. Les apiculteurs sont souvent
amenés à placer les ruches sur des plates-formes d’une hauteur de 3 m.
Le Canada est certainement le pays le plus touché par les attaques dues aux
ours. La province très apicole qu’est le Manitoba estime sa population à 30
000 ours noirs. L’utilisation de clôtures électriques est pratique courante.
Protégés par leur épaisse fourrure, les jeunes attirés par l’odeur du miel,
franchisent souvent les protections. Les gardes de l’environnement placent
des pièges afin de les déplacer( photo 4) . Malgré cela, chaque année, 100 à
150 individus particulièrement attirés par les ruches sont tués.
Les États-Unis sont dans une moindre mesure également touchés. Nos collègues
de l’État de Caroline du Nord estiment la perte de leur revenu annuel de
6.64% à 12.57% suivant les années. Ils observent la plupart des attaques
juste à la sortie de l’hiver, et dans une moindre mesure en automne.

Témoignage
« Notre petit village est situé à quelques km de la frontière Tchétchène.
Mon rucher d’une trentaine de colonies se trouve dans le verger non loin de
la maison. De temps en temps, une ruche disparaissait sans laisser de
traces. Avec les gens du village, nous avons tout de suite pensé à un voleur
de passage franchisant la frontière. Une nuit de pleine lune, je décide de
surveiller avec ma kalachnikov. Première nuit, rien. La deuxième nuit quelle
ne fut pas ma surprise de voir arriver prudemment un ours visiblement âgé.
Je n’ai pas compris tout de suite sa présence ici, car habituellement, ils
ne viennent pas aussi près des habitations, et s’ils attaquent il y a des
débris de ruches détruites partout. J’allais de surprises en surprises quand
je le vis saisir à bras le corps une de mes ruches 10 cadres ; exactement
comme lorsque je transhume. Ma curiosité l’emporta sur mon instinct de
chasseur, j’attendais. L’ours se dirigea tout droit vers la rivière, fit
basculer la toiture et immergea tout le corps de ruche dans l’eau glaciale,
la patte bien appliquée sur la ruche pour contrer la force du courrant
courant. 2 à 3 mn après, il l’emmena sur l’autre rive et commença à sortir
les cadres un à un et dévora le couvain sous mes yeux. »
Valery Shatili apiculteur géorgien.


L'apiculteur de demain devra s'adapter et apprendre à cohabiter avec le
premier occupant des lieux : l'ours. Les autorités devront être
compréhensives envers les apiculteurs qui, en transhumant leurs abeilles
dans ces zones difficiles, contribuent par la pollinisation à la
fructification de toutes les plantes à baies une des principales source de
nourriture pour l'ours.

<blockquote>
Pour en savoir plus :
www.ours.ecologie.gouv.fr
Camara Jean Jacques.1989, L’ours brun édition Hatier

Kandemir Irfan, 2007, Bees and Bears. American bee journal

gilles.fert@wanadoo.fr
www.apiculture.com/fert

</blockquote>

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