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C'est la fête au rucher sauf pour l'apiculteur

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C'est la fête au rucher sauf pour l'apiculteur

Message par Admin le Lun 15 Aoû - 16:18


C'est la fête au
rucher… sauf pour l'apiculteur.


F.
ANCHLING
avec
l'aimable autorisation de la revue





La
longue période hivernale 2005 - 2006 a été particulièrement meurtrière pour nos
ruchers. Dans certaines régions, les pertes hivernales se chiffrent à 80 et 90
%. Chez nos voisins européens les mêmes chiffres alarmants circulent. Il est
bien connu que la nature a horreur du vide. L'hiver meurtrier 2002/2003 a été
suivi d'un été 2003 riche en essaims. Si cette théorie est encore valable
aujourd'hui, cela voudrait dire que nous devrions nous attendre à courir après
les essaims, d'autant plus que l'une des conditions favorisant l'essaimage
semble être remplie : longues périodes de confinement avec des températures
inférieures à la normale, suivies de journées de chaleur intense et orageuse.


Tant
d'articles ont déjà été rédigés pour vanter les fastes du joli mois de mai et
les cabrioles de nos protégées, que nous avons retenu cette année en première
partie, la description très fouillée et minutée d'une période mouvementée de la
vie d'une colonie qui jette un essaim, par une biologiste de grand renom, le
Docteur Pia Aumeier de l'Université de Bochum dans la Ruhr, description publiée
dans le Deutsches Bienen Journal de mai 2005, sous le titre difficilement
traduisible de « essaimer est sensé » Autrefois dans certaines régions,
notamment dans les landes à bruyères, l'essaimage était une chance, les essaims
étaient convoités et représentaient une source de revenus importante pour
l'apiculteur. Aujourd'hui par contre, l'on cherche à les éviter. Et pourtant
l'essaimage fait partie d'une stratégie irréversible de notre abeille mellifère,
qui quelquefois malheureusement conduit à l'effondrement de la colonie sauf si
l'apiculteur attentif au bien-être de ses protégées vient à son secours.

Que propose la nature ? Aujourd'hui encore la multiplication
naturelle des colonies est utilisée dans d'autres pays d'une manière intensive.
La grande abeille asiatique construit un seul rayon de plus d'un mètre carré,
accroché sous de grosses branches. Ses essaims s'installent la plupart du temps
à proximité de la souche et il n'est pas rare de trouver accrochées dans le même
arbre, jusqu'à une centaine de colonies très proches les unes des autres. Elles
seront récoltées par des chasseurs de miel spécialisés.


Dans
de nombreuses contrées africaines, on propose aux essaims des refuges naturels
et leur miel est récolté dès que cela en vaut la peine. La recette ? un tronc
d'arbre creux ou un tuyau façonné avec de la paille roulée, fermé à chaque
extrémité avec de la bouse de vache.

L'une des extrémités est percée d'un trou central permettant d'accéder à
l'intérieur du tuyau et lorsque la bouse est bien séchée, on accroche ce tuyau
dans les fourches des arbres. Dès qu'un essaim a pris possession de ce logement,
il est ramené à proximité des habitations. On attend qu'il ait fait le plein de
miel, la colonie est alors enfumée et le miel récolté. Ainsi, l'apiculteur n'a
aucun souci : pas de ruches à acheter, pas d'essaimage à combattre, pas
d'élevage de reines, de nourrissement ou de rajeunissement des cadres. Sa
recette pour réussir. Les essaims représentent la base d'une réussite
historique, sans précédent dans le monde. Transportées au Brésil, en Amérique,
par les hommes, les abeilles africaines se sont mélangées aux abeilles
européennes. Le résultat, totalement imprévisible, a été l'apparition d'une
abeille dotée d'un surprenant instinct de défense et d'une étonnante capacité à
s'imposer : l'abeille africanisée, appelée aussi l'abeille tueuse. Arrivée en
1957, elle a investi en vingt ans un domaine aussi grand que l'Europe. En 1994
elle avait franchi plus de 10 000 km et des colonies sauvages s'étaient
installées sur toute la surface de l'Amérique du sud et de l'Amérique Centrale
allant même jusque dans les états du sud des USA. Sa progression n'a été arrêtée
que par les climats plus froids des régions du nord.

Mais alors qu'est-ce qui rend cette abeille si performante ?
L'abeille tueuse n'accepte que de très jeunes reines qui pondent jusqu'à 4000
oeufs par jour. À peine cinquante jours après sa naissance et dans de bonnes
conditions de récolte, l'essaim s'est tellement développé, qu'il peut lui-même
jeter un nouvel essaim. Ainsi chaque année, chaque colonie engendre jusqu'à huit
nouveaux essaims qui se déplacent jusqu'à 50 km de distance. La multiplication
par scission et expansion de nombreuses petites colonies est une stratégie qui
n'est pas particulière à la seule abeille africaine, mais l'aide à s'imposer
dans la nature de manière durable, malgré les feux de broussailles, les voleurs,
les maladies et les parasites.


C'est
beau à voir quand vos abeilles essaiment ! Avec cette remarque admirative, plus
d'un promeneur m'a fait peur et courir au rucher pour constater qu'il ne
s'agissait en fait que de l'activité intense d'un jour d'été. Le départ d'un
essaim est certes fascinant, mais aussi rageant ; car ce n'est qu'en fin de
saison et encore s'il y a miellée, que l'essaim et la souche pourront produire
une petite récolte. Seuls l'élevage et les conditions d'exploitation peuvent
juguler le risque d'essaimage. Et pourtant le délicieux mois de mai ne conduit
pas seulement certains apiculteurs à courir après les essaims ; c'est parfois
aussi dans les colonies fortes et saines conduites par une jeune reine de
sélection que s'éveille un désir de multiplication auquel on ne s'attendait pas.
C'est en mai et juin que les colonies atteignent leur maximum de développement.
Une foule de jeunes abeilles doit soigner jusqu'à 40 000 larves et quelques 15
000 butineuses vont chaque jour à la recherche de nectar et de pollen. La
période de la récolte principale fournit un trop-plein de miel et de pollen. Le
développement fulgurant atteint bientôt ses limites ; 2000 oeufs par jour, c'est
le maximum de ponte pour une reine et pourtant cela ne suffit plus à donner du
travail à toutes ces jeunes nourrices. Lorsqu'il y a plus de couvain operculé
que de couvain ouvert, il y a rupture du développement due au ralentissement de
la ponte de la reine. Chômage forcé, afflux de provisions et manque de place,
sont à côté du manque de contact avec la phéromone royale, des facteurs certains
qui conduisent les butineuses entre fin avril et mi juin, selon la latitude, à
envisager un essaimage.

Quand
une colonie s'est fortement développée et que les abeilles n'ont presque plus de
place à leur disposition, les mouvements de la reine sont eux aussi restreints.
Elle ne trouve plus que difficilement des cellules vides pour y pondre ses
oeufs; elle se réfugie alors principalement dans la moitié supérieure des rayons
et ne va plus que rarement vers les extrémités inférieures. Lors de ses
promenades, la reine répand avec ses tarses (articles des pieds) des signaux
chimiques - des phéromones -. Une autre phéromone est produite par les glandes
mandibulaires. Chez les reines qui pondent des œufs, les glandes tarsales sont
particulièrement bien développées. Des expérimentations ont démontré qu'un
mélange des deux phéromones (tarsale et mandibulaire) prévenait la formation de
cellules royales. Quand la reine est bloquée dans la moitié supérieure de la
ruche il y a déséquilibre et des observations ont confirmé que la reine était
presque toujours absente du bord des rayons où les cellules royales sont
construites. C'est parti pour essaimer !!! Huit jours avant le jour du départ,
l'œuf est déposé dans les cupules, amorces de cellules royales implantées sur le
bord des cadres. Ces cupules sont aussitôt construites et étirées. Ainsi
commence l'élevage des jeunes reines et parallèlement les cirières, sur les
chantiers de construction, sont atteintes de lassitude et n'ont plus de cœur à
l'ouvrage qu'elles abandonnent bientôt. Cinq jours avant le départ, la reine est
condamnée à la portion congrue, ainsi elle perd un tiers de son poids et
redevient capable de voler ; par contre ses capacités de ponte s'effondrent.

Cependant le compte à rebours a commencé il y a bien longtemps ; les premiers
faux bourdons ont été élevés il y a déjà six semaines. Au moment du départ ils
seront matures et alors prêts pour accomplir leur unique devoir :
l'accouplement.

Environ
deux semaines avant le grand départ, des éclaireuses commencent déjà à repérer
dans les environs des possibilités de relogement. Quelques heures avant l'envol,
les partantes remplissent leur jabot de nourriture. Un essaim de trois kilos
transporte un kilo de miel. Le signal du départ est une danse frétillante très
excitée et des sortes de cui cui qui ne mobilisent tout d'abord que quelques
ouvrières ; dix minutes plus tard, la colonie est saisie d'une grande frénésie.
Qui décide alors que telle abeille est partante et telle autre devra rester pour
assurer la survie de la souche ? Le mystère reste entier car on y trouve des
abeilles encore chargées de pollen, des faux bourdons, des jeunes, des plus
âgées. C'est plus de mille abeilles /minute qui s'élancent du trou de vol avec
la vieille reine ; environ 50% de la population de la colonie. L'essaim s'élance
vers sa nouvelle existence avec beaucoup d'abeilles, de nourriture et sa
précieuse reine dans un bourdonnement intense, en rangs serrés. Il se forme
alors un nuage composé de milliers d'abeilles joyeuses et aucunement agressives
qui volent frénétiquement dans un rayon d'une trentaine de mètres à faible
hauteur.

Le comportement d'une colonie avant l'essaimage est véritablement perturbé et
l'envol de l'essaim intervient comme une délivrance qui supprime toutes les
tensions accumulées.

Les
abeilles restantes héritent certes d'une habitation avec des cadres de provision
et de couvain, mais sont provisoirement sans chef ; un risque équitable et
partagé. En effet l'essaim est parti juste après l'operculation des cellules
royales amorcées ; donc cinq à sept jours avant la naissance d'une de ces jeunes
reines. En route pour de nouveaux horizons. Entre dix et vingt minutes plus tard
la frénésie se calme et les abeilles se rassemblent à proximité du rucher -
elles forment une grappe qui constitue maintenant une nouvelle communauté
organisée. La phéromone royale agit pour son union et sa solidarité. Si la reine
manquait à l'appel (par exemple si par suite d'une aile clippée elle avait
manqué son envol et était tombée dans l'herbe), toutes les abeilles
retourneraient à la souche. Les butineuses aussi participent à leur manière à la
répartition des phéromones. Elles battent le rappel en libérant à partir de la
glande de Nasanov des composants volatils sentant le citron et le géranium ;
parfums utilisés pour fabriquer des leurres attirant les essaims.

Les apiculteurs brésiliens ne créent pas de nucléis ; ils s'approvisionnent
directement dans la nature et constituent leurs colonies avec des essaims
sauvages qu'ils ont attirés dans des pièges en carton parfumés avec des extraits
de citronnelle.

La grappe est protégée du froid et de la pluie par un manteau
extérieur, formé d'abeilles fortement serrées les unes contre les autres. Sur le
manteau extérieur de la grappe on peut observer les éclaireuses qui vantent
divers lieux de nidification. Leur emplacement et éloignement sont précisés
comme pour les récoltes, par des danses frétillantes. Le logement retenu sera
celui que le maximum d'éclaireuses aura trouvé correct et approprié. Après une
décision que l'on pourrait qualifiée de démocratique, l'essaim s'envole vers cet
emplacement.

Les situations privilégiées sont des cavités d'environ 40 litres, avec une
entrée au sud ouverte au bas de la cavité, d'à peine 4 centimètre d'ouverture.
Des expériences très pointues ont démontré que les abeilles n'évaluent pas le
volume de leur nouvel habitat avec les yeux, mais avec leurs pieds en marchant
systématiquement sur toutes les parois. On peut tromper l'abeille dans ses
calculs, en faisant pivoter lentement la cavité, qui peut alors lui apparaître
plus grande ou plus petite.

Les essaims se déplacent en un vol compact. Bien que se déplaçant à une vitesse
variant de 11 à 20 kilomètres à l'heure, les abeilles maintiennent entre elles
un écartement constant - une prouesse stupéfiante.

Par contre on n'a pas encore pu déterminer si elles s'orientent d'après les
indications des éclaireuses ou d'après le bruit du vol des abeilles de tête, les
ouvreuses.
A peine arrivées, elles entrent en toute hâte et immédiatement la construction
des rayons commence. Si la cavité contient déjà des rayons même fortement
endommagés, ils sont de suite réhabilités. Et dès que possible la reine
recommence à pondre.

Dans un langage mystérieux, chaque abeille sait immédiatement ce qu'elle doit
faire, pour qu'une vie normale s'organise. Les butineuses n'oublient d'ailleurs
pas l'emplacement de leur précédente demeure ; elles l'utilisent quelquefois,
pour retrouver des aires de butinage très productives.
Que devient la souche ?

Environ huit jours après le départ de l'essaim, la première jeune reine vierge
sort de sa cellule. Pendant que sa maturité se développe, elle assiste à la
naissance journalière de 2000 jeunes abeilles, fruits des œuvres de sa mère, qui
viennent renforcer la population de la colonie. Si la fièvre d'essaimage n'est
pas encore tombée, elle tolère la présence de ses sœurs enfermées dans leurs
alvéoles ; on peut alors entendre le soir, des tut tut émis par les vibrations
des ailes de la reine libre, auxquels répondent les couac des reines captives.
C'est ce que l'on appelle le « chant des reines ».C'est le signal du prochain
départ, une dizaine de jours après l'essaim primaire, d'un essaim secondaire
plus petit que le premier qui emporte la jeune reine libre et un certain nombre
des reines qui étaient séquestrées avec presque la moitié de la population
restante. Mais le plus souvent, la première née recherche et met à mort ses
rivales pour assurer seule, sa royauté. Elle va ainsi se débarrasser de ses
sœurs aînées, en déchirant par le coté la cellule d'élevage afin de pouvoir les
piquer avant leur naissance. Les ouvrières assistent à ce carnage avec
inquiétude car, que se passera-t-il si la jeune majesté ne rentre pas de son vol
nuptial. Il arrive fréquemment qu'elles fassent la grappe entourant les cellules
pour interdire ce massacre tout en repoussant la reine.

Cinq jours après sa naissance elle est devenue mature. Dans les jours qui
suivent (de un à sept maximum suivant les conditions météo), elle s'élance pour
le vol nuptial et s'accouple avec de nombreux faux bourdons qui en perdront la
vie. Dès son retour, elle commence à pondre. Ce n'est que cinq à six semaines
plus tard, soit avec trois semaines de retard sur l'essaim, que de jeunes
abeilles viendront renouveler la population de la souche. Le vol nuptial Le ciel
est clair, dégagé et lumineux ; la température dépasse les 20°, il est environ
midi. Poussée par les ouvrières, la reine vierge apparaît sur le seuil de la
ruche et ayant accroché ses ailes, elle s'élance. La tête toujours dirigée vers
le seuil de sa maison, en courbes qui hésitent, elle monte en élargissant les
cercles. Elle s'oriente avec une attention méticuleuse, une prudence tatillonne
; il s'agit de reconnaître sa ruche parmi toutes celles qui l'entourent et les
points de repères environnants. Puis rassurée, elle se tourne vers l'azur et
fonce vers l'endroit où son instinct l'appelle. Elle rejoint un lieu de
rassemblement des mâles, un des lieux où par beau temps, tous les mâles des
ruchers environnants dans un rayon de plus de 10 km se retrouvent et attendent
la passage des reines à féconder ; ainsi la fécondation croisée est garantie.

La reine est repérée grâce aux émanations de sa glande mandibulaire. Les faux
bourdons réunis en essaim la suivent ; soudain un mâle se cramponne à l'arrière
de la reine et l'agrippe sur les cotés avec ses pattes postérieures, le couple
formant une figure en S. Tout le processus de copulation ne dure que quelques
secondes et la reine est de nouveau poursuivie par l'essaim des mâles, c'est
pourquoi un grand nombre de copulations se suivent en quelques minutes.
L'éjaculation sépare le mâle de la reine; il tombe au sol et meurt.

La jeune reine revient à sa ruche et se pose épuisée au seuil de sa demeure.
Seules les gardiennes qui l'ont flairé au passage la remarquent, lui font
escorte et s'empressent de la servir. Elle ne sera vraiment considérée, honorée
et adulée par toute la ruchée, que deux jours plus tard, lorsque son abdomen
gonflé lui permettra de garnir les cellules vides avec de petits bâtonnets
brillants.

Conclusions
L'essaimage de nos colonies est une fonction naturelle qui garantit la
régénération de l'espèce et sa dispersion dans l'espace naturel. De plus, il
sert aussi à lutter contre les maladies, principalement les maladies du couvain.
Les cadres infectés par la nosémose, la loque ou encore par la fausse teigne
sont abandonnés à leur sort et l'essaim qui s'en va, reconstitue une colonie
indemne de toute parasitose.

L'apiculteur
au contraire, souhaite des colonies qui se développent fortement et deviennent
productives sans essaimer ; car les colonies qui essaiment ne construisent plus
et récoltent peu ; les essaims sont souvent perdus surtout si l'apiculteur vit
loin de son rucher; de plus les souches qui ont essaimé demandent une attention
particulière pour éviter qu'elles s'effondrent. Quelle stratégie allons nous
mettre en œuvre ? Elle dépend de l'apiculteur. n Soit maîtriser l'essaimage : en
équilibrant les colonies (prendre des cadres de couvain operculé aux colonies
fortes pour les donner aux faibles. Ils seront remplacés par des cadres de cire
gaufrée) ; en constituant des essaims artificiels (ce sujet a été traité le mois
dernier, on peut s'y reporter utilement) n Soit laisser faire la nature. Ceci
implique de résider à proximité du rucher et d'exercer une surveillance
attentive des signes précurseurs du départ de l'essaim. C'est toujours un
plaisir intense d'assister à l'envolée de ce tourbillon d'abeilles. Installation
de pièges à essaims Nous avons vu ci-dessus, que quinze jours avant le départ de
l'essaim des éclaireuses sont déjà à la recherche des possibilités de
relogement. Il semble donc tout naturel de devancer leur recherche et de leur
proposer des habitations qui sentent bon l'abeille et qui avec un peu de chance
puissent retenir leur attention. C'est pourquoi la littérature recommande
d'installer des ruchettes pièges dans les alentours du rucher.


En
règle générale, il a été constaté que tous les essaims issus d'un même rucher se
dirigeaient dans le même couloir. C'est donc dans ce couloir que nous poserons
nos ruchettes. Les pièges sont installés à l'abri du vent, à l'ombre, sur des
supports solides (ne pas omettre le poids de l'essaim) ou accrochés aux arbres à
une hauteur de 1,50 à 2,00 mètres au-dessus du sol. L'emplacement des pièges où
l'on a capturé des essaims les années précédentes sera privilégié, car tous les
ans des essaims y reviendront. Dès qu'un piège aura été occupé, il faudra de
suite le remplacer par un piège vide. Il faudra bien repérer les emplacements
choisis par les fugueuses qui seront les plus attractifs. Ce sera utile l'an
prochain. On dispose les ruchettes dans des endroits ombragés mais malgré tout
largement éclairés, là où l'ombre joue avec la lumière : des lisières de bois,
des clairières. Il faudra surtout éviter les lieux où règne une ombre froide et
humide.
Les
ruchettes pièges peuvent avoir toutes sortes de formes. L'on peut utiliser des
ruchettes de 4 à 6 cadres, un corps de ruche standard, un ancien panier (le
panier est le meilleur des pièges si l'on est sûr de pouvoir le vider chaque
soir). Pour être attirants, ces pièges devront avoir contenu des abeilles, être
fortement propolisés. Ils seront aménagés comme une ruche de service, l'entrée
tournée au sud sud-est, munie d'une fermeture à glissière réduite à 7 mm pour
éviter l'intrusion des souris, une planche d'envol légèrement débordante pour
que les éclaireuses puissent se poser avant l'inspection de l'intérieur Les
pièges seront amorcés avec des cadres de vieille cire noire. Pour éviter que la
fausse teigne n'attaque les cires, ces cadres seront disposés en respectant
chaque fois l'intervalle d'un cadre absent. L'un des cadres pourra contenir des
restes de miel, son parfum attirera à coup sûr les éclaireuses. Les pièges ne
doivent pas être posés et oubliés ; il est important que la présence de
l'apiculteur dissuade les parasites de s'installer.

Si le jeune apiculteur ne dispose que de matériel neuf, il lui faudra faire
disparaître les odeurs dues au bois frais. Il faudra frotter les parois, le fond
et le dessous du couvre cadres avec une boule de propolis. On peut aussi
vaporiser à plusieurs reprises de l'eau miellée où de l'eau de cire. Comment
obtenir de l'eau de cire ? en broyant des rayons noirs qui contiennent encore du
pollen, les faire bouillir dans un faible volume d'eau pendant quelques minutes,
laisser refroidir puis filtrer. Le liquide noirâtre ainsi obtenu additionné de
quelques cuillerées de miel constitue un produit attractif de première
catégorie, supérieur à l'eau miellée et à tous les produits spécifiques du
commerce. Certaines plantes par leur parfum pénétrant attirent plus
particulièrement les abeilles, notamment la citronnelle, la mélisse ou la
verveine citronnelle plantes répandues dans nos jardins.

L'on trouve aussi dans le commerce des produits dénommés attire essaims, rapt
essaims avec lesquels l'on peut frotter le fond de la ruche, les parois et le
dessous du couvre cadres. Ces produits très parfumés mais très volatils doivent
être renouvelés fréquemment. Il existe aussi des leurres rappelant la phéromone
royale.

Récolte
des essaims
Chaque apiculteur aura naturellement préparé longtemps à l'avance tout le
matériel nécessaire pour récupérer les essaims. Une ruche vide désinfectée, des
cires bâties ou gaufrées, balayette, louche, seau, enfumoir etc. Si l'essaim qui
sort de la ruche n'est nullement agressif car gavé de provisions, au fur et à
mesure qu'elles s'épuisent, l'instinct défensif de l'abeille reprend le dessus.

Il n'y a pas de méthode type pour enrucher un essaim, mais il en existe autant
que de situations. Sitôt la grappe formée, pulvériser un peu d'eau sur celle-ci
de manière à ce que les abeilles se resserrent et forment une couverture avec
leurs ailes ; elles ne songeront plus à s'envoler. Selon sa forme, son volume,
son emplacement, il pourra être secoué au-dessus d'une ruche équipée de ses
cadres ; ramassé dans un seau ou une boite en carton puis transféré au rucher et
vidé dans une ruche ; dirigé au soufflet vers le trou de vol d'une ruche
préalablement posée à proximité lorsque l'essaim traîne dans l'herbe ou au pied
d'un arbuste ; enlevé avec son support (branche d'arbre) et secoué soit devant
une ruche soit directement dedans etc. Il faut s'adapter à chaque situation et
improviser, sans oublier que les abeilles suivront la reine et non l'apiculteur,
sauf si l'apiculteur prend la reine dans sa main.

Si
la reine accepte le logement proposé, les ouvrières l'accepteront, mais si la
reine le refuse et en repart, les ouvrières le refuseront aussi Un essaim reste
dans l'abri qui l'accueille si la reine est présente ; dans ce cas, les abeilles
rentrent massivement dans la ruche et battent le rappel en très grand nombre
autour de l'entrée : elles ventilent en relevant l'abdomen et en dégageant la
glande de Nasanov qui apparaît comme une étroite bande à l'extrémité de
l'abdomen. On peut alors laisser la ruche sur place jusqu'au soir en la
protégeant des ardeurs du soleil ; on peut aussi la ramener dûment fermée et la
déposer au frais dans la cave. Elle sera installée au rucher à la nuit tombante
; le meilleur moyen de fixer un essaim consiste à lui donner un cadre de couvain
ouvert à élever.

A partir du lendemain, il est conseillé de donner de petites quantités de sirop
(environ 1/2 litre) tous les jours ou tous les deux jours jusqu'au moment où il
possède suffisamment de réserves ou même jusqu'à ce que tous les cadres gaufrés
qui lui ont été donné soient bâtis. Ce nourrissement assure la subsistance de
l'essaim en cas de mauvais temps ; il simule une miellée, ce qui l'encourage à
bâtir des cadres magnifiques. La construction des rayons se trouve sous la
dépendance des phéromones royales. Celle-ci sont plus facilement réparties dans
un essaim, ce qui contribue à son dynamisme bâtisseur dans les jours qui suivent
sa sortie de la colonie souche. La pose des hausses La pose des hausses
s'inscrit dans la suite logique de l'agrandissement du nid. En mai la colonie se
trouve en phase d'expansion ; elle occupe donc un volume croissant. La mise en
place de la hausse accroît le volume disponible, destiné essentiellement à la
récolte. La période idéale pour le placement de la hausse, dépend non seulement
de l'avancement des floraisons mais aussi du développement des colonies ; la
ruche doit être remplie d'abeilles et toutes les ruelles occupées. Même si la
miellée ne donne pas, il faut placer la hausse avant que les abeilles ne se
sentent à l'étroit et soient saisies par la fièvre d'essaimage. Un repère est
fourni, lorsque le dessus des cadres commence à blanchir à cause de la nouvelle
cire que les ouvrières y déposent. Un autre repère peut être fourni par le sort
réservé à la mise en place d'un cadre de cire gaufrée dans le corps de ruche,
posé contre une paroi. Lorsque les abeilles le bâtissent, il est grandement
temps de placer la hausse.

N’oublions pas d'interposer une grille à reine entre le corps de ruche et la
hausse, de façon à éviter que la reine ne mette du couvain dans les cadres
réservés à la récolte du miel.

Bonnes récoltes.


F. ANCHLING


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